Mercredi 28 septembre 2011
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« Ahimsa » (1) ou la réponse non-violente
Le monde est-il plus violent aujourd’hui qu’il y a cinquante ans, un siècle ou deux. Ou qu’au Moyen Âge... ? Et de quelle
violence s’agit-il ? De tout temps détroussés et détrousseurs se sont croisés dans les villes ou les campagnes. Ne s’agirait-il que de cela ? Mais, de tout temps aussi, la violence la
plus insidieuse, la plus permanente et constante est celle qui enfante toutes les autres : la violence de l’institution, des pouvoirs. Celle que subissent tous les peuples du Sud, avec des
pouvoirs corrompus : du Chiapas à la Namibie, de l’Inde à la corne de l’Afrique, un atlas ne suffirait pas. Mais celle dont parle Jean-Paul Crabié, celle de l’institution aussi, qui touche
par exemple l’école - les enseignants- qui elle-même finira parfois par faire des élèves sa victime, s’oublie parfois : ni sang ni victime apparente, immédiate. Il ne faudra pas alors
s’étonner des paroles de Jamal (recueillies par Marion Rabier, page 6) à propos de la jeunesse des quartiers en difficulté: « Ces jeunes, je pense, subissent la violence : ils
sont écartés de la ville, écartés du droit commun. On est dans une république dite démocratique et tu as toute une population écartée du droit commun. C’est dans ce paradoxe que se trouve la
première violence ». Le bout de la chaîne...
Mais les exemples ne manquent pas qui rappellent qu’à la violence, d’où qu’elle vienne et qu’elle que soit sa forme, la non-violence
s’oppose. Collectivement ou individuellement. La résistance d’une personne, c’est Rosa Parks qui refuse en 1955, en Alabama, état historiquement raciste, de céder sa place à un passager blanc
dans un bus. La campagne de boycott contre la compagnie de transport est organisée, entre autres, par un certain Martin Luther King. C’est aussi cet anonyme de la place Tian’anmen en 1989 face à
une colonne de chars... et déjà Tian’anmen en mai 1919 face à un soulèvement spontané et sans armes contre la loi coloniale japonaise.
Ensemble, les mères - « les folles » - tournent encore et toujours aujourd’hui, chaque jeudi, autour de la place de Mai au
cœur de Buenos-Aires. Depuis 1977, elles veulent savoir ce qui est advenu à leurs fils, filles, frères, maris et petits-enfants, les « desaparecidos » (les disparus) des années de
plomb (1976-1983). Ce sont, aujourd’hui aussi, les cercles de silence, initiés à Toulouse par les Franciscains qui renoncent à laisser enfermés des hommes et des femmes parce qu’ils n’ont pas de
papiers.
Comment oublier la force de résistance du Larzac (Pierre-Marie Terral en page 3) qui retrace ces formidables luttes de Lanza Del
Vasto, frère spirituel de Gandhi, et ses amis, au refus des paysans de se laisser emporter par les OGM. C’est naturellement aussi du côté des paysans, qu’en Inde et d’Ekta Parishad (voir
dimanche 2 octobre 10h, Utopia), dans la filiation directe de Ghandi, les sans-terres marchent pour exister et se faire entendre.
Si les objecteurs de conscience, en France, s’affirment dans les années 70, dès 1776, aux Etats-Unis, ils ont droit à un statut.
L’objection dans un monde de plus en plus militarisé, s’exprime pourtant différemment. Il suffit de voir l’immense mouvement démocratique et non-violent encore inachevé dans les pays arabes. Avec
la réponse implacable de la violence par la peur d’un clan, en Syrie notamment. (Youcef Tahari, page 5).
La non-violence fait aussi preuve d’une fraîcheur étonnante en Espagne, où le pouvoir a su, là aussi, d’où venait cette force
« dangereuse » et n’a pas hésité à réprimer dans la violence l’expression démocratique de la jeunesse, comme à Barcelone en particulier.
La réponse non-violente à toutes les violences de la société et dans la société n’est pas spontanée. Elle s’apprend et se cultive.
Nombre d’associations y œuvrent : Alternatives Non-Violentes (page 6), Non-Violence XXI (page 9) ou le Centre de ressources sur la non-violence de Midi-Pyrénées (page 2).
Avec comme porte-parole intemporel, Martin Luther King:« La non-violence est une arme puissante et
juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit. »
Alters Echos
(1) mars 1920: Gandhi utilise pour la première fois en anglais le mot « non-violence », traduit du sanskrit
« ahimsa ».