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ALTERS ECHOS est le journal de l’Alternative en Midi Pyrénées.

Il existe depuis février 2006.

 

Le journal ouvre ses colonnes aux adhérents de l’Alternative, mais pas seulement. Ainsi, le journal se trouve au carrefour d’une grande diversité d’opinions qui ne font pas nécessairement l’unanimité. Ces débats existent tant à l’AMP que dans les colonnes du journal.

 

Le journal ne fait que 8 pages ! Ci-dessous, d’autres textes. Ils émanent des adhérents et n’engagent donc que leurs auteurs.

Lieux de diffusion du journal

 31 Haute Garonne:

Toulouse: Cinéma Utopia 24, rue Montardy ; Théâtre Le fil à plomb 30 rue de la Chaîne ; Librairie Presse St Etienne 64, rue de Metz; Librairie Floury 36, rue de la Colombette ;  Tabac Presse Le Nemrod rue des fontaines ;  Tabac Presse 11 Place Patte d'Oie ; Maison de la presse Marché Saint Cyprien ; Presse 3 rue Temponnières ; Bar Le bijou 123 avenue de Muret ; Restaurant Chez Ferdinand 14 rue de l'Etoile ; Tabac Presse 106 rue de Cugnaux ; Brin d'herbe 24 Place Dupuy ; Les pavillons sauvages 23 rue Jean Dagnaux ; Association Bleue comme une Orange 36 rue Bernard Mulé ; Le kiosque 65  Boulevard Carnot ; Maison de la presse 20 rue Gabriel Péri ; Médiathèque José Cabanis 1 allée Jacques Chaban-Delmas ;  Association espace culturel Terres de rencontres 47 route de Blagnac; " Epicerie- librairie" Le Parapluie Ambulant 3 rue des Pénitents Gris, Clic Cool Café 5 rue de la Digue; La Cantine du Salin 3 rue de la Fonderie; Tabac Presse place Arnaud Bernard.


Balma: Tabac Presse 3 rue de Provence; Librairie Presse Tabac "la Marqueille" 15 avenue Antoine Parmentier


Tournefeuille: Cinéma Utopia impasse Sports


Merville: Tabac-presse-alimentation François Gauthier 82 rue Emile


Salies du Salat: Maison de la presse

 

Quint Fonsegrives:  Biocoop 12 chemin Ribaute


32 Gers:

Sarrant : Librairie Tartinerie

Barcelone : Tabac / Presse place de la Garlande

Nogaro : Presse Joëlle et Arnaud 24 rue nationale; Tabac / Presse Wlorowski 50 rue nationale


81Tarn :

Mazamet : Café associatif Le Pot Ethique 34 rue St Jacques


33 Gironde:

Bordeaux : Librairie La Machine à Lire 8 place du Parlement ; Cinéma Utopia 5 place Camille Jullian

 

 

 

 


le 16 est sorti le 21 septem.

Ce numéro d’Alters Echos est inhabituel… Ce n’est pourtant pas la première fois que nous consacrons un « cahier » autour d’un thème particulier. Mais ce cahier, « Des révolutions silencieuses », comprendra exceptionnellement 8 pages. Ici et ailleurs, usines, entreprises fonctionnant de façon éthique sans attendre « la crise » pour s’organiser dans le respect des hommes, de leur travail, de la terre, tant au nord qu’au sud.

Nous vous proposons ci-dessous l’Edito qui offre un éclairage sur l’esprit ce cahier.

L’accumulation actuelle « des crises » (lire page 4, « contresens ») semble bien indiquer que le système est en train de se bloquer. La durée de son agonie, les soubresauts que cela va impliquer, son aptitude à se régénérer restent inconnues. Il n’en reste pas moins que nous assistons à une crise essentielle d’une envergure encore jamais rencontrée, écologique, climatique, sociale. Il est probable que toute tentative de dépolluer le système productiviste sans le remettre fondamentalement en cause sera vouée à l’échec. Il nous faut espérer, réfléchir à un changement de système, de paradigme, à une nouvelle utopie. Mais les transitions ne sont pas spontanées, s’accompagnent d’une prise de conscience, de nouvelles expériences, creusets et laboratoires de nouvelles théories. Beaucoup ont échoué, certaines ont  duré mais, quelles qu’aient été leurs destinées, elles ont creusé le sillon de l’expérience, d’une autre voie.

Nous présentons ici, de Midi Pyrénées et d’ailleurs, des projets d’entreprises de tailles diverses fonctionnant dans le respect des hommes, de la terre, des pays du Sud. Ce sont parfois des expériences qui n’ont pas attendu la « crise » pour comprendre que le modèle imposé n’était pas viable. Coopératives ouvrières, usines sans patron…  Un univers dans lequel l’entreprise a créé ou créerait, en interne, une activité solidaire, ouverte sur un monde qu’elle respecte, dans le souci de l’éthique et des échanges équilibrés…

Lisez donc ce que coopérer signifie pour Inventerre, ce qu’est un salarié-actionnaire à I34, ou encore ce qu’est un projet global de société chez Zanon, en Argentine, ou bien à Valente dans le Nordeste du Brésil. Ici, à Sarrant dans le Gers, c’est le métier de libraire qui devient porteur d’un autre « sens ».

Beaucoup pensaient même, avant la fameuse « crise », que le malade était bien mal en point, convaincus que nous étions plus proche de l’agonie que du cachet d’aspirine ou du sparadrap. Ils n’ont pas attendu, ils ont inventé des réponses.

Ce numéro ne présente que quelques exemples qui ouvrent de nouvelles voies.

Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de vos villes. Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres.
(La Boétie - Discours de la servitude volontaire- 1574)

Et dans les pages habituelles du journal, notez 2 pages consacrées aux futures élections régionales en Midi-Pyrénées. La page Blanche a été proposée à Yves Proal.

Alters Echos

 

 



 


Lundi 26 octobre 2009


Dès 9 heures du matin, d’abord quelques dizaines de personnes se regroupent sur l’avenue du bord de mer à Amatea, Calabre, Italie, en ce samedi 24 octobre plutôt pluvieux. A l’appel de multiples organisations (200), une manifestation nationale est organisée au pied de ce beau village, où sur le sommet de la colline proche une tour sarrazine du vieux centre historique fait toujours le gué. Pourquoi dès 10h, sont-ils des milliers venus en bus de toute la région ? Les réalistes disent plutôt 20 000, quand d’autres vont jusqu’au chiffre de 35 000. Dans un petit village pour un trajet d’un kilomètre et demi allant du bord de mer à la place centrale !

Les bateaux voyous                                                                          

Tout a commencé à la mi-septembre quand un repenti a avoué avoir coulé dans la mer un bateau contenant des déchets toxiques jusqu’à être éventuellement radioactifs. Un paradoxe pour l’Italie où les écologistes, voici des années ont obtenu par référendum l’arrêt des centrales nucléaires afin de ne pas en supporter les effets dont celui des déchets ! Un repenti c’est un membre de la mafia qui décide de parler en échange de quelques allègements de peine. En Calabre l’économie souterraine occupe toujours une place importante, et les révélations n’ont surpris qu’à moitié. Pour le moment les vérifications indiquent bien que le bateau et son chargement immonde dorment dans la mer par 480 mètres de fond. Sauf que le drame ne s’arrête pas là : d’autres affaires refont « surface » qui indiquent que ce bateau est l’un d’une liste qui en contient d’autres (Cunsky, Rigel, Rosso, Michigan).

Quelques kilomètres au-dessus de Amantea, à Praia a Mare, les inquiétudes montent d’un cran tous les jours. Dans une fabrique de textile (Marlane) on découvre même des victimes masculines du cancer du sein. Avec la pollution de la mer, celle des rivières, comme le fiume Oliva, tout l’environnement est touché : jusqu’à une construction de digue à Galatro Terme qui aurait servi à se débarrasser des déchets encombrants !

L’Etat se propose de tout vérifier, les enquêteurs de tout enquêter et les manifestants d’aujourd’hui à Amatea avertissent qu’il ne s’agit pas seulement du rendez-vous d’un jour. EXASPERE. En Calabre où la peur règne le plus souvent, cette manifestation, par son ampleur, est le signe d’une révolte profonde, longtemps contenue mais qui déborde à présent. Une révolte d’EXASPERES. Comment, ici à Amatea, et dans les villes environnantes aussi, a-t-on pu fabriquer une des pires poubelles connues de la Méditerranée ?

Natale de Grazie

Un nom revient dans la mémoire des habitants, celui d’un jeune capitaine de corvette du port de Reggio Calabria mort étrangement… en 1995 après des années d’enquête sur le cas du Jolly Rosso ! Aujourd’hui, l’avenue du front de mer prend son nom et vous ne m’en voudrez pas si c’est le premier nom que vous lisez dans cet article. Les noms des voyous sont souvent à la Une des journaux (y compris pour les dénoncer) mais pas les noms des lutteurs populaires, même quand leur lutte leur coûte la vie. Vous le constatez l’histoire remonte à longtemps, mais parfois la mémoire ne craint pas les jours qui passent ! En décembre 1990 un bateau louche, la Jolly Rosso (nom aussi louche que la cargaison car l’armateur le trafiqua), s’est enlisé dans les sables à Amatea. Des bidons ont commencé à faire parler d’eux et un groupe d’écolos s’est constitué. En 2004 la lutte a repris pour dénoncer une présence étrange de mercure, de dioxine dans le secteur. Une première manifestation considérable eut lieu en décembre 2004. Très vite la justice a enterré l’affaire et la lutte s’est essoufflée. Mais des personnes qui n’avaient rien dit à l’époque, n’imaginant pas un instant qu’il puisse exister un trafic d’ordures toxiques, s’interrogent à présent dans le nouveau contexte. Une femme a décidé de témoigner à visage découvert, Teresa Bruno (sur le site du journal l’Expresso), d’autres confirment ses dires sur des bidons trop rapidement enterrés dont on lui expliqua à l’époque qu’il s'agissait de goudron pour les routes.

Un des moments les plus émouvants de la manifestation se produit quand la veuve de Natale de Grazie dévoile la plaque en l’honneur de son mari. Il pleut trop pour savoir si elle en pleure. Elle réussira à dire quelques mots : « Vous avez donné un sens au sacrifice de mon mari et cette plaque vaut plus qu’une médaille d’or parce que c’est une reconnaissance qui vient du peuple. Je me souviens qu’en 1991-1992, il a insisté pour revenir en Calabre, afin de faire quelque chose pour sa terre.»

Des enquêtes en tout sens

Des juges, une commission parlementaire, des organisations sociales, une série d’enquêtes sont en cours relayées surtout par deux journaux Il Manifesto et L’Unita. Un bateau Mare Oceano doit repêcher des déchets pour les analyser. Alfonso Lorelli, avocat devenu prof, un des principaux organisateurs de la manif d’Amatea prévient : « il ne peut s’agir de mesurer seulement les effets (la multiplication des cancers) mais de repêcher toutes les ordures envoyées au fond de la mer pour en savoir la nature précise ». La question ne concerne pas seulement la Calabre mais la défense globale du bien commun de notre société, la mer. Faut-il se résigner à une Méditerranéenne poubelle de la planète ? Le coût connu du retraitement des déchets radioactifs est-il, seulement dans ce cas, réduit à rien par des opérations mafieuses ?

D’autres intervenants diront quelques mots mais ce qui frappe les esprits devant cette immense manif c’est la créativité des participants à travers les mots d’ordre sur les banderoles, ou la création de beaux bateaux en carton qui souffraient sous la pluie.

Des révoltés décidés

Le Comité civique Natale De Grazie qui regroupe aussi bien des syndicalistes que des écologistes, a surtout réussi à être une organisation populaire capable de transformer l’indignation des pêcheurs, des agriculteurs et des habitants en mouvement de solidarité générale ancré dans l’histoire locale. La manifestation minutieusement préparée fait chaud au cœur de tous ceux qui jusqu’à présent luttaient dans l’ombre. La parole semble libérée et les opérations de colmatage que le pouvoir veut organiser autour de l’affaire vont échouer. Y compris l’éventuelle tentative de récupération politique de l’opposition ! Un seul homme politique italien de premier plan était dans le cortège : Antonio Di Pietro. Ils comptent cependant sur le Commissaire à l’environnement de l’Union européenne qui a envoyé une lettre sans réponse au président du conseil italien, dont j’ai oublié le nom. Ce commissaire peut mesurer un risque global sans craindre d’en être porté responsable. Car toute la question de la manifestation c’est de pouvoir mettre à jour les responsables !

Des responsables à l’abri ?

Tous les responsables maritimes ne cessent de le répéter, un bateau ne peut pas disparaître facilement et c’est pour ça qu’ils doutaient jusqu’à présent des accusations portées par des écolos. Mais les révélations du repenti et la découverte d’un bateau, laissent craindre que les responsabilités soient telles que l’événement ait pu se répéter plusieurs fois ! Un premier lien entre tous les bateaux disparus apparaît : ils sont partis du port de Massa Carrare. Traquer les responsables, ce n’est pas seulement pour éviter que ça recommence, mais c’est pour mettre à jour ce fameux fonctionnement souterrain d’une part de l’économie italienne et mondiale dont je crains que les effets soient pires que les émanations de CO2.

La manif se termine

Sur le parcours de la manif tous ces points et bien d’autres ont été débattus puis pour conclure la journée en beauté quoi de mieux que quelques belles canzone ? Demain à Cetraro et ailleurs les pêcheurs, les agriculteurs, les hôteliers, en plus des problèmes de santé vont affronter de graves problèmes économiques. J’imagine à présent qu’un tel moment de vie fasse une minute au journal télévisé… mais alors nous serions en révolution ! (après vérification sauf RAItre qui a fait une émission visible sur internet, les autres chaînes n’eurent pas un mot pour ce problème).


                                                        25-10-2009 Jean-Paul Damaggio

 

P.S. : Ceci est un des sept témoignages que je ramène de l’Italie qui lutte. Les autres se trouveront d’ici  une semaine, sur le site de la maison d’édition que j’anime : les Editions la Brochure. http://la-brochure.over-blog.com

 

Par ALTERS ECHOS, le journal - Publié dans : Ecologie
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Jeudi 1 octobre 2009

Toujours dans le numéro consacré aux "Révolutions silencieuses", vous avez lu en page VII le texte d'Alain Marcom sur l'éco construction. Ne manquez pas celui qui suit, plus développé. En effet, "on ne croit pas ce que l'on sait...

 

 

Un monde bouffi au bord de la rupture


En 1972 paraissait le rapport Meadows du MIT pour le Club de Rome publié en France sous le titre « halte à la croissance ». Il concluait en tirant sur le signal d'alarme: notre espace terrestre est limité, l'épuisement des ressources et la production de déchets par les activités humaines, menacent une organisation durable des sociétés sur la planète. Il démontrait par les modèles mathématiques mis à contribution pour cette étude, que, quel que soit le scénario envisagé,  nous allions à un effondrement de la civilisation industrielle avant la fin du 21 ème siècle.....


En 1973, puis en 1979,  eurent lieu deux chocs pétroliers. L'origine de ces deux périodes de tensions sur les prix du pétrole n'était pas environnementale mais politique: l'un était du à la guerre entre Israël et ses voisins et l'autre à l'arrivée d'un pouvoir islamique en Iran. et il y a eu sans doute un peu confusion entre les dimensions politiques et écologiques de ces faits historiques, mais leur inscription dans le réel fut déterminant.


Ces trois événements ont été les détonateurs de l'éveil d'une conscience écologique. C'était il y a presque quarante ans!


Pendant les années soixante-dix et quatre vingt, de nombreuses équipes de militants se sont penchées sur la question de l'énergie, maintenant vivant l'écho des deux chocs pétroliers dans les mémoires. Dans les années quatre-vingt dix, le triomphe de la dérégulation, des Yuppies, du productivisme, du bas prix de l'énergie, du discours sur l'économie libérale, et toute cette sorte de chose, rejeta toute référence à l'écologie dans la liste des objets de sarcasme. «Ecolo!» était devenu une presqu'insulte.


Pourtant, quelques chevelus, dont soi dit en passant certains étaient déjà chauves, ont continué à essayer de faire le point et de trouver une issue. Car pour ceux-là, le rapport pour le club de Rome n'était pas passé à la trappe. Les ressources continuaient à s'épuiser et les déchets persistaient à s'amonceler. A ces deux soucis est venu peu à peu s'ajouter le constat de l'échec des politiques développementistes élaborées dans les pays industrialisés pour le tiers monde. Ni la faim, ni la maladie, ni les inégalités ne diminuaient malgré les discours et les projets officiels, bien au contraire, ces fléaux s'aggravaient. En somme une dimension sociale mondiale s'est inscrite également dans le paysage stratégique des préoccupations écologiques.


La situation actuelle en passe une couche supplémentaire avec la collision “crise écologique-crise économique”. Chacun-e aura noté la hausse parrallèle et continue des cours du pétrole et des céréales durant l'année 2008. Ainsi sous nos yeux, ,pour des raisons  à la fois politiques, économiques, et environnementales, les pauvres du Sud de la planète meurent alors que les riches continuent sereinement à faire le plein et à manger bio dans les grandes surfaces climatisées du Nord...!  Même s'il existe encore des souteneurs de la croissance économique à tous crins, il est plutôt clairement démontré qu'il n'est plus possible de penser l'avenir sans changer au fond l'organisation technique, économique et sociale de ce monde au plus tôt et si possible, dès maintenant. Chacun doit changer dans son mode de vie, dans son métier, dans sa culture, et cette assertion est même impérieusement valable pour les décideurs politiques et les décideurs économiques qui doivent changer le regard qu'ils ont sur nous, la “société civile”.


L'année 2009 verra peut-être une nouvelle étape de la restructuration du capitalisme, mais on ne voit toujours pas le moindre signe de sa part de prise en compte de ce qui est désormais une évidence, les problèmes écologiques. Cette indifférence choque d'autant plus que le sommet de décembre sur le climat  à Copenhague s'annonce plus sombre que jamais....Il est devenu criant qu'il ne s'agit plus de trouver une énième technique miracle salvatrice, mais bien plutôt de s'organiser pour répartir les efforts à faire en vue d'arrêter l'emballement des crises.  Il est donc clair que nous ne sommes pas face à  un problème technique mais à un problème politique.


Dans le bâtiment, de plantureuses marges de progression....


 Le bâtiment, comme le transport, l'agriculture, l'industrie ou toutes les autres activités humaines, doit participer à la résolution du problème mondial, et pour cela ne pas épuiser les ressources, ne pas produire de déchets, tenter de réduire les tensions sociales mondiales et ceci durant les  trois phases du cycle de vie d'un bâtiment, c'est à dire: construction, usage, et fin de vie.


En France, en ce début de 21 ème siécle, la construction du logement comme du tertiaire consomme en énergie un équivalent baril de pétrole par mètre carré, soit pour un logement de 100 m2, une quinzaine de tonnes d'équivalent pétrole. Chaque 10 ans,  en moyenne ce même mètre carré consomme de nouveau un équivalent baril de pétrole en chauffage et refroidissement. Les routes et réseaux nécessaires aux divers raccordements de ce logement ou de ce bureau consomment lors de leur construction la moitié d'un  baril par mètre carré. De nos jours, en France, chacun-e de nous est titulaire d'environ 450 m2 de surface construite en logements, bâtiments publics ou professionnels, et réseaux. Si tout avait été construit selon les techniques actuelles, l'équivalent de la production mondiale d'une année de pétrole y serait passée!


A l'usage, les déperditions thermiques de ces bâtiments, sont très importantes parce que ces bâtiments ne sont pas construits avec une culture de l'éfficacité énergétique. Il faut donc consommer de l'énergie pour faire du chaud l'hiver et du frais l'été.


En fin de vie, au moment de la déconstruction, le bâtiment et les travaux publics générent 300 millions de tonnes de déchets, dont les deux tiers sont recyclés. Restent environ 100  millions de tonnes de déchets, soit une tonne et demi par français-e, quatre fois le volume des ordures ménagères, qui finissent en décharge. Les trois quarts de ce volume sont de la terre et de la pierre, matériaux de construction utilisés universellement pour bâtir, tombés en désuétude économique depuis l'industrialisation. Dans le même temps chaque année les gravières françaises extraient 100 millions de tonnes de sables et graviers et les cimenteries cuisent 23 millions de tonnes de ciment...Quant aux 25 millions de tonnes de déchets de matériaux, composés de briques, mortier, parpaings béton, plaques de plâtre, polystyrène, laines minérales, enduits, peintures, tout mélangé, parfois même avec les installations électriques ou sanitaires, les filières de réemploi qui existaient dans les années cinquante ou soixante, désormais inexistantes, ne sont pas en mesure de les remettre sur le marché, et pour cause: il faudrait pour cela que les déconstructions soient d'abord des démontages plutôt que des effondrements ou des démolitions. Et nous en sommes très loin.


Chacun-e aura compris que, convcernant le secteur du bâtiment en France, le niveau de prédation de ressources autant que le niveau de production de déchets est insupportable pour la planète. Mais par dessus tout, du point de vue de l'équité entre tous les humains, notre mode de vie est insoutenable !



Un morceau de solution...


On nous promène depuis des décennies avec des discours parfumés de “progrès”, qui ne visent en fait qu'à nous faire consommer encore plus de “nouvelles technologies”. Et le Grenelle de l'environnement qui avait sous l'impulsion des associations abordé de nombreux sujets, continue sur la même voie en promouvant des actions marchandes, un peu comme si au moment du naufrage du Titanic, on nous suggérait d'acheter avec un crédit très intéressant un bon canot de sauvetage, canot fabriqué par les mêmes qui ont fait le Titanic, le tout dans une atmosphère de crise financière due justement à la surdiffusion des crédits intéressants. On ne voit pas très bien pourquoi ceux qui nous ont mené là auraient soudain l'illumination de leur erreur et voudraient nous sauver. La carotte bio de la solution techno est bourrée de pesticides.


Il faut regarder plutôt du côté de ce qui s'est fait depuis dix mille ans et renouer avec notre histoire de la construction. Depuis plus de cent siècles les humains construisent en terre, pierre, bois, paille et autres végétaux. Il n'y a guère plus d'un siècle qu'on a arrêté de le faire dans les pays industrialisés. Pourtant subsiste en France entre deux et trois millions d'habitations érigées selon ces techniques. Ce sont même ces constructions qu'on utilise en général sur les dépliants touristiques pour inciter les étrangers à visiter notre pays. Qu'il s'agisse de monuments ou de modestes maisons paysannes, ces constructions réunissent souvent des qualités esthétiques reconnues. Une chose est, de plus, indéniable, vu ce quelles ont enduré, elles sont durables !


L'écoconstruction comme commencement de l'ouverture d'un passage vers une société plus repsectueuse de l'environnement et des autres.

 

Quelques productions agricoles peuvent jouer un rôle dans la stratégie écologique de l'écoconstruction : les fibres genre paille, chanvre, foin, lin, roseaux, laines animales sont mélangeables à des mixtures de terre, plâtre ou chaux pour fournir des éléments porteurs, des isolants ou des finitions d’habitat. Les mêmes mixtures peuvent agglomérer des fibres plus courtes genre broyats de bois, copeaux, rafles de maïs, ou paille hachée. Le bois, y compris les bambous, n’a plus à démontrer son efficacité constructive, les bottes de pailles cubiques font de bonnes briques isolantes, pour ne citer que quelques pistes déjà en voie de redécouverte. Mais rien n’interdit de gamberger sur l’utilisation des feuilles de maïs, des rafles de raisins, des pommes de pin, des coquilles de noix, des noyaux d’olives après pressage, des ronces, des sarments de vigne, de la moelle de tournesol et sans doute bien d’autres co-produits du travail en agriculture dont les bâtisseurs ignorent l’existence.


Pour donner une idée des enjeux en cas d'isolation de tous les logements construits annuellement, par exemple, si l'on compare la paille à la laine de verre et au polystyrène extrudé, pour une efficacité isolante semblable (R=6,7) selon les critères de l'énergie incorporée exprimée en milliers de tonnes d'équivalent pétrole et l'émission de gaz à effet de serre exprimée milliers de tonnes d'équivalent de CO2, on a les résultats suivants:

 

 

 

D'où il ressort que généraliser la paille pour isoler les logements en France économise au moins deux cent quarante et une mille tonne de pétrole et fixe presque six millions de tonnes de CO2. 


Quand le problème, c'est l'épuisement des ressources et la production de déchets dans un contexte de changement climatique non souhaitable, on voit que la paille sait être du côté de la solution. Pour celles et ceux qui seraient inquiets sur la quantité de paille disponible, il est possible de les rassurer en leur disant que l'isolation de tous les logements neufs chaque année utiliserait moins de 10% de la production.


Le bois a longtemps constitué le premier matériau de construction de structure de par sa facilité d'emploi. Il reste un excellent matériau, utilisable sans traitement pour beaucoup d'essences et beaucoup d'usages, et il reste une solide culture de sa mise en oeuvre. Il peut être aussi utilisé en matériau massif par la technique de la fuste.


La terre crue  est elle aussi un matériau très disponible. C'est le résidu de l'usure des roches primitives par l'action conjointe des glaciers et de la végétation. Dans de très nombreux endroits, partout où la terre compose le bâti ancien, elle est un matériau pertinent encore employable. Le torchis, le pisé, l'adobe, la bauge sont quatre techniques bien représentées en France. Il doit exister sans doute dans chaque région française des maisons de terre vieilles de cinq siècles au moins. On trouve dans le sud ouest des fortifications en bauge et en pisé qui ont un millénaire d'âge.

On peut noter que dans les pays de pierres, c'est, jusqu'au 19 ème siécle au moins, la terre qui constitue le mortier de pose. Les savoir ne sont donc pas loin, un renouveau de la construction en terre est en train d'émerger. Mais l'université des évidences du bâti ancien n'est pas encore assez fréquentée par les professionnels, et cette défection est autant due à la réglementation formatée par les industriels, qu'à l'absence de formation en direction des professionnels. Il suffirait pourtant de regarder dans les villages et les campagnes, les maisons anciennes et de croire ce que l'on voit.

 

 


 

Moindre consommateur d'énergie à la mise en oeuvre, frein au changement climatique, fournissant plus de surface construite, beaucoup plus facilement recyclable en fin de vie, et plus redistributeur de revenus du travail, les murs en  terre-paille sont un matériau beucoup plus écologique que la maçonnerie conventionnelle industrielle.


Si ces matériaux premiers offrent de si bonnes performances écologiques, c'est qu'ils ne sont pas transformés. Quand ils le sont, leurs performances baissent. Broyer, cuire, transporter sur des centaines ou des milliers de km des matériaux coûtent énormément d'énergie et libère beaucoup de CO2.

Mettre en oeuvre de nouveau des matériaux premiers, sur place ou presque, avec des techniques éprouvées, efficaces, peu industrialisées et bien connues des professionnels est la meilleure voie pour nous désincarcérer de la culture marchande dominante du bâtiment.


Au tournant du millénaire occidental, nous nous trouvons donc confrontés à des choix cruciaux: le bâtiment, l’alimentation, le transport et la coexistence avec les autres humains de la planète nous amènent férocement à nous pencher sur nos comportements récents. Pouvons-nous continuer à scier la branche sur laquelle nous sommes assis et en dessous de laquelle une grande partie de l’humanité tente de survivre ?

                                      

                                                                           Alain Marcom

www.terrecooperative.org

www.areso.asso.fr

www.reseau-ecobatir.asso.fr

 

Par ALTERS ECHOS, le journal - Publié dans : Eco construction
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Lundi 28 septembre 2009


En page IV du numéro 16 consacré aux "Révolutions silencieuses", Emile Guiral nous expose les nouvelles mesures d’accompagnement à l’installation agricole.


Ci-dessous, vous trouverez des éléments complémentaires dans son texte plus développé.

 

 

Dans un monde en pleine mutation, technologique mais aussi sociale, l’agriculture, comme tous les autres secteurs économiques, doit s’adapter à ces évolutions afin de répondre au mieux aux attentes des habitants de chaque territoire. Ces attentes ne sont plus d’ordre essentiellement quantitatif, comme dans l’après-guerre, mais revêtent un caractère plus qualitatif lié aux préoccupations de la société du XXIe siècle : qualité sanitaire et nutritive, respect de l’environnement, transparence et équité, relations sociales entre producteurs et consommateurs…

A ces nouvelles attentes, viennent s’ajouter d’autres facteurs déterminants pour l’avenir de l’agriculture, dont le vieillissement de la population agricole active, en particulier, et son difficile renouvellement. En effet, aujourd’hui, la politique d’aide à l’installation agricole ne parvient plus à enrayer la chute du nombre d’exploitations : on compte une installation pour deux départs.

Parallèlement, on observe une mutation du profil et des projets des candidats à l’installation. Les différentes études confirment l’importance des installations « hors cadre familial » et leur rôle dans le renouvellement des générations agricoles. Ces « hors cadre » ont majoritairement des projets d’installation sur de petites fermes, le plus souvent en maraîchage biologique avec un circuit de commercialisation basé sur les circuits courts. Plusieurs facteurs favorisent ce type de projets :

-          une demande de la part de la société d’une agriculture respectueuse de l’environnement, durable et offrant des produits de qualité ;

-          un segment de marché de proximité des produits alimentaires de base en pleine expansion, et notamment dans les zones périurbaines ;

-          des besoins en moyens de production bien moins élevés pour des petites fermes en maraîchage que pour des exploitations plus importantes en polyculture élevage (surfaces, équipements, bâtiments) ;

-          la présence d’associations et d’organismes présents sur le territoire qui portent les valeurs liées à ces installations et à ces transmissions ;

-          une remise en cause du système agricole intensif, de part son impact sur l’environnement et sa forte consommation énergétique.

 

Mais ces nouveaux candidats à l’installation agricole, qui n’ont pu bénéficier de la transmission, ni du foncier ni du savoir faire de leurs ascendants, sont confrontés à de nombreuses difficultés :

-          un accès au foncier difficile du fait d’une pression foncière, alimentée par la concurrence avec d’autres usages non agricoles ;

-          un accès au logement difficile lorsque les cédants gardent les bâtiments d’habitation ou spéculent sur ces biens ; phénomène exacerbé par un bas niveau des retraites agricoles qui pousse les cédants à valoriser au mieux leur capital au détriment d’une pérennisation de l’outil de production à travers une installation ;

-          en plus d’une formation théorique indispensable, ils doivent très souvent passer par un long apprentissage afin d’acquérir les fondamentaux non transmis par la culture familiale ;

-          un manque de références techniques et économiques pour juger de la faisabilité de certains projets et donc une difficulté à justifier la viabilité de leur projet auprès des financeurs et des organismes d’aide à l’installation ;

-          une représentation négative de certains projets jugés marginaux de la part du monde agricole en général, qui est particulièrement handicapante dans le contact avec les cédants ;

-          une vision fataliste de certains cédants qui pensent que leur exploitation n’est pas transmissible et ont du mal à envisager une modification du système de production de l’exploitation.

 

De nouvelles mesures d’accompagnement à l’installation agricole essayent de prendre en compte ces nouveaux porteurs de projet à travers : le PII (1) et le PPP (2)  mis en place en 2008-2009 qui concernent aussi les « hors cadre », les aides régionales à l’installation progressive, les aides dans certains départements pour les plus de 40 ans. Les différents OPA (3) (ADASEA (4), ADEAR (5), centres de formation agricole…) se mobilisent pour répondre au mieux à ces nouveaux candidats ; le travail de l’association « Terres de Lien » pour réunir des fonds, acquérir du terrain et le mettre à disposition de ces candidats, participe fortement à développer de nouveaux projet agricoles. Malgré tout, les difficultés demeurent et font que de nombreux projets peinent à se concrétiser et découragent parfois les candidats à l’installation, alors que paradoxalement : on assiste à une demande croissante et durable non satisfaite, de produits alimentaires de qualité et de proximité ; et que des espaces agricoles se libèrent sans réelle perspective de repreneur.

 

Face à cette inadéquation qui impacte de plus en plus fortement différents territoires ruraux mais aussi périurbains, certains élus et acteurs du développement local se mobilisent pour inscrire l’agriculture dans une nouvelle dynamique territoriale :

-          en constituant des groupes de travail et de réflexion autour de cette problématique ;

-          en créant des outils de professionnalisation adaptés à ces nouveaux porteurs de projet ;

-          en mettant en place une gestion concertée des espaces dédiés à l’agriculture, afin de faciliter l’accès au foncier ;

-          en facilitant l’accès au logement pour les porteurs de projet ;

-          en participant à, ou du moins en facilitant, l’organisation et la structuration de la filière en amont (mise en place de la production) et en aval (distribution : AMAP (6), marchés de plein vent, restauration collective…).

Une réponse particulièrement adaptée à cette problématique commence à voir le jour sur de nombreux territoires avec des projets de création d’espaces test agricoles fonctionnant sur le principe des couveuses d’activité permettant aux personnes ayant un projet d’installation en maraîchage de tester en grandeur réelle leur capacité à produire et à vendre, dans le cadre protégé d’une sorte de « ferme école », appelée « espace test », les hébergeant sous statut d’entrepreneur – salarié ou sous Contrat d’Accompagnement au Projet d’Entreprise (CAPE).

Ce principe de couveuse ou coopérative d’activité, qui fonctionne depuis plus de dix ans hors secteur agricole et a fait la preuve de son utilité, demande à être adapté de manière expérimentale aux spécificités de l’agriculture :

-          avec deux possibilités d’utilisation du foncier, la première « in situ » sur un espace test dont le terrain est, la plupart du temps, mis à disposition par une collectivité, et la seconde « ex situ » sur des terrains appartenant aux futurs agriculteurs, « mis à disposition » de la couveuse pendant la durée de leur hébergement,

-          en utilisant le temps d’hébergement au sein de la couveuse pour identifier (en partenariat avec les organisations agricoles) les possibilités d’installation à la sortie (terrain, matériel…),

-          en construisant des circuits commerciaux (approvisionnement de restauration collective, AMAP, magasins de producteurs…) qui permettent une montée en puissance des débouchés pour les personnes qui s’installeront à la suite de leur passage dans la couveuse.

 

Les atouts de cette phase de test pour un candidat à l’installation « hors cadre » sont évidents : la confrontation à la réalité professionnelle sans prise de risque, la mise à disposition d’un outil professionnel pour se tester, l’accompagnement au quotidien pour acquérir des savoirs faire, un environnement professionnel propice à l’ancrage territorial facilitateur d’accès au foncier ; dans ces conditions, l’espace test devient un véritable accélérateur de professionnalisation.

 

L’association « A Petits Pas » créée en 2005 à Ruisseauville dans le Pas-de-Calais a structuré la première couveuse d’activité agricole ; depuis, d’autres initiatives voient le jour avec plus ou moins de difficultés sur les différents territoires et si les projets sont multiples, ils peinent parfois à aboutir par manque de volonté politique locale. En effet, un projet d’espace test agricole ne peut se concrétiser que si une collectivité territoriale (le plus souvent une Communauté de Communes) facilite son émergence, en réunissant tous les acteurs du développement agricole local autour du projet et en apportant sa caution politique.

 

En Midi-Pyrénées, une couveuse d’activité agricole est en cours de création à Maubourguet sur la Communauté de Communes du Val d’Adour (65) et un projet est en cours d’étude sur la Communauté de Communes du Saint-Affricain (12). Il importe de noter que ces nouveaux outils ne viennent pas concurrencer mais bien compléter la panoplie déjà existante et mise en œuvre par les différents OPA.

 

Pour plus d’infos :

 

Emile GUIRAL

SCOP SAPIE

06 28 23 00 33

09 64 00 11 56

eguiral@sapie.coop

 

(1) Point Info Installation, généralement situé à la chambre d’agriculture

(2) Plan de Professionnalisation Personnalisé, structuré par département autour des différents OPA

(3) Organismes Professionnels Agricoles

(4) Association Départementale pour l’Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles

(5) Association pour le Développement de l’Emploi Agricole et Rural

(6) Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne

Par ALTERS ECHOS, le journal - Publié dans : Agriculture
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Dimanche 27 septembre 2009


Cette fois je connais les deux bavards qui aiment se retrouver au Bar des Affreux, l’un est un instit occitaniste adepte du Perroquet et l’autre un cheminot socialiste attaché au Tomate. En ce 25 septembre l’actualité ne manque pas de sel pour alimenter une conversation que je prends en cours de route. Je précise aussi que je connais ce bar de Carcassonne où en 1988 on m’invita à y boire un Juquin, même si la couleur était peu engageante (le Whisky n’y est pas servi).

 

- Le cheminot : Depuis que je te le dis que dans l’Aude les socialistes tiennent la route !

- L’instit : Parce que, 26 ans après, ils reprennent la mairie de Carcassonne ?

- Le cheminot : Tu ne fais pas cas de la manière ? Tout de même 54% au second tour ce qui, sans alliance de second tour, représente la somme des voix Vertes et une part du Modem, deux partis qui ont retrouvé leur faible score de 2008, avec presque 1% de plus pour Entajan le tête de liste vert malgré le tapage qu’il représentait !

- L’instit : A droite aussi il y a eu 1% de plus pour le FN qui passe ainsi de justesse la barre de 5%. Mais laisse Carcassonne, je voulais parler de ton secrétaire fédéral qui aspire, l’audacieux, à prendre la place de Georges Frêche ! Même exclu du PS, Georges va vous en faire baver !

- Le cheminot : D’accord le vote du 1er octobre va être spectaculaire pour choisir la tête de liste de la gauche aux Régionales, mais les autres partis ne sont pas dans une meilleure configuration ! Regarde les Verts à Carcassonne, regarde le PCF partout, que vont-ils faire ?

-L’instit : J’en conviens, l’appui tonitruant de José Bové à Jojo en 2004 n’était pas du meilleur effet même si le petit malin du Larzac prétendait l’atténuer par un soutien à M-G Buffet en région parisienne. Frêche c’est un baron d’empire depuis longtemps, un Defferre à jamais !

- Le cheminot : Et en tant qu’historien il sait de quoi il en retourne quant à l’Empire.

- L’Instit : Et en tant qu’ancien Mao de la FCML, il sait aussi. Du temps où il signait Georges Lierre… il a grimpé depuis. Il faudra que quelqu’un demande à Bové si leur amitié remonte à cette époque là !

- Le cheminot : T’en connais un bout sur l’histoire des Maos ! Mais Frêche, quand il va aux inaugurations, plutôt que de grands discours, il préfère taper la belote au bistrot du coin ! Parce que tu es occitaniste tu aurais un faible pour cet enfoiré de maire de Béziers qui va représenter la droite ? Avale bien ta salive, la victoire de la gauche c’est avec Frêche où c’est raté. Du haut de ses 120 kg il fait trembler l’adversaire, tandis qu’avec Eric Andrieu bien qu’il soit de l’Aude, on ne sait pas ce qui peut arriver !

- L’instit : Ne t’emporte pas, il sera peut-être battu par Alain Bertrand, le maire de Mende qui, s’il est choisi comme tête de liste des socialistes, est encore plus clair qu’Andrieu quant à sa volonté de dérouler le tapis rouge devant Jojo !

-Le cheminot : D’après toi, est-ce qu’on pourrait pas se mettre d’accord autour de Didier Codorniou, parce que chez nous, avec le rugby on est sûr de gagner. Même les Catalans pourraient voter à gauche !

- L’instit : Mais bien sûr, en appeler au cirque médiatique pour régler les différents politiques ! Quelle galère, quelle galère ! Et Ségolène qui est venu dans la région pour y mettre son grain de poivre ! J’en éternue encore.

- Le cheminot : Ségolène, égale à elle-même, vit sur son nuage et croit en sa bonne étoile. Qu’est-ce que tu veux, elle n’est pas de l’Aude ! Moi, ce que je te dis, c’est que l’expérience de Carcassonne, c’est du solide, la preuve que l’entente à gauche a de beaux jours devant elle !

- L’instit : Tu appelles « entente » le pire jeu des marchandages. Si Frêche est choisi, je donne pas cher de la peau de la maire socialiste de Montpellier… C’est au couteau qu’on se bat chez vous !

- Le cheminot : Hélène n’est pas une Ségolène mais avoue que les femmes en politique c’est toujours du Voynet au même. Elles foncent sans se garder sur leurs arrières.

- L’instit : Ne me prends pas pour plus Vert que je ne suis ! Tu sais bien qu’il y a longtemps que je ne vote plus !

- Le cheminot : Même au second tour de la dernière municipale de Carcassonne ?

- L’instit : Même pour un socialiste de l’Aude ! La course politique est devenue une course au pouvoir. C’est comme si au rugby, il s’agissait de garder le ballon sans chercher à marquer des points !

- Le cheminot : Je connais la rengaine, même dans sa version la plus pire qui fait les éloges de ceux qui marquent des points contre leur camp, en privatisant à tout va sous les bons auspices de Jospin. Merde, laisse les rengaines, les leçons ont été tirés, le sais-tu ?

- L’instit : Dans notre société, les seuls points qui comptent, c’est quand tu es filmé avec le ballon ! Dans les manifs syndicales le nombre de manifestants remplace les succès revendicatifs. Exemple : samedi à Montpellier il était prévu que Georges Frêche ne soit pas pris en photo aux côtés de Ségolène. Il est allé l’attendre à sa descente du train et voilà comment le Midi Libre montre trois fois les deux personnages ensemble, avec ce mot de Jojo : « J’aime sa pugnacité ».

- Le cheminot : Bref, tu crois que pour les Régionales 2010, c’est le Midi Libre qui va décider du résultat, et que les partis politiques jouent seulement dans les coulisses ?

- L’instit : Vois-tu, depuis 2004, Frêche est en passe de tombe dans les coulisses et Bové roule des mécaniques au Parlement européen !

- Le cheminot : Mais laisse donc 2004. En 2010 c’est un autre jour !

- L’instit : Et Gayssot avec, c’est un terrible autre jour ! J’étais abonné à Politis et quand j’ai vu sa signature sur un appel bidonné par le journal je l’ai envoyé en enfer !

- Le cheminot : T’es prêt pour le FN et son slogan : « tous pourris » !!!

-L’instit : T’énerves pas, le 2 octobre, quel que soit le résultat je t’offre une bonne bouteille de Nourritures Terrestres. J’ai lu sur Internet que le vin se boit en Midi-Pyrénées, il ne nous faudrait pas être en reste…

- Le cheminot : Oui, retrouvons du solide, avec notre cher vigneron Damien Baudouy de Peyriac d’Aude. Ton idée nous fera oublier qu’on tourne en rond.

- L’instit : Tu veux dire qu’on tourne en bourrique !

- Le cheminot : Nous, c’est lieux de tourner en barrique !

 

J’ai laissé là les deux hommes, pour un homme à rendre à un vieil Audois, né à Point-à-Pitre dont le nom du père était l’anagramme du nom de la mère, et dont la tombe est celle d’un exilé.

                                                          24-09-09 Jean-Paul Damaggio

Par ALTERS ECHOS, le journal - Publié dans : Elections régionales
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Mercredi 23 septembre 2009


L’Institut d’Histoire Sociale de la CGT propose à Montauban trois jours autour de Jaurès qui ont commencé ce soir avec un débat, en présence d’une exposition de l’association Valmy qui pourra être visitée demain, le tout s’achevant jeudi autour d’un autre débat avec des responsables de la CGT pour faire le chemin d’hier à aujourd’hui.


Il m’a été proposé de faire une courte intervention sur Jaurès et la question sociale. J’ai décidé de prêter ma voix à un article que Jaurès publia dans l’Humanité le 30 décembre 1906 : la guerre sociale, et que vous trouvez sur le blog des éditions la brochure Jaurès la guerre sociale. J’ai ajouté quelques mots de l’article Jaurès et le repos hebdomadaire.

En guise de réaction, une dame posa cette question que j’ai entendue ainsi : comment cette mémoire a-t-elle pu nous échapper ? Même si l’actualité n’est plus celle de Jaurès, la question sociale ne se réglant plus à coup de baïonnettes, elle ressemble cependant, en son fondement, au texte de Jaurès qui surprend par sa modernité. Jaurès aurait-il été mal servi par les jaurésiens qui le défendent depuis des lunes ? Au bout du compte une autre question plus pratique apportera me semble-t-il la réponse : au moment où les paysans protestent en jetant le lait, Jaurès n’aurait-il pas été plus capable que ses successeurs pour inclure les luttes paysannes dans la question sociale générale ? J’ai eu envie de répondre que chez Jaurès tout est dans la nuance : il défend les paysans qui luttent, les radicaux qui luttent, les ouvriers qui luttent, les peuples qui luttent, les femmes qui luttent, les chrétiens qui luttent etc. Alors qu’autour de lui, et après lui, les catégories diront : la classe ouvrière est révolutionnaire et les paysans des gens soumis à la terre, les socialistes sont les grands lutteurs et les radicaux des supporteurs de la bourgeoisie, les femmes sont soumises à l’église et les hommes seuls sont assez virils pour imposer la révolte etc. Le sens de la nuance chez Jaurès, ce n’est pas le sens du compromis et encore moins celui de la compromission. C’est ce que Lénine appelait : l’analyse concrète des luttes dans la situation concrète. Sauf qu’à partir de là, le monde devient moins confortable car son étude demande plus de travail !

Il n’y a plus les syndicalistes qui seraient la fine fleur de la révolution et les politiques des vendus au capitalisme, mais des pas qui s’ajoutent aux pas pour faire la marche. Dans son évolution, et elle fut importante, Jaurès n’a jamais effacé une page de sa vie pour en défendre une autre, il a toujours ajouté page après page. Au départ, il était simple républicain, puis il est devenu républicain socialiste, le mot socialiste ne pouvant effacer le précédent qui au contraire prenait ainsi tout son sens.

Oui, mais où nous conduit cette marche ? Dans son article sur la guerre sociale il pronostique que dans dix ans le peuple pourra prendre ses affaires en main, or dix après c’est l’ignoble guerre qu’il n’a pas pu empêcher. A une analyse juste, j’ai jugé qu’il s’était trompé quant à la solution. Peut-on dire « trompé » ? Une personne pense que non.

Depuis 1906 que de chemins furent tentés pour sortir du capitalisme et pourtant nous y sommes encore en plein ! Un homme politique qui dit, après analyse, que demain c’est la victoire, s’est-il trompé quand il constate que c’est la défaite ? Il existe aujourd’hui une phrase passe-partout qui dit que les batailles perdues sont celles que l’on ne mène pas. Car celles qu’on mène ne peuvent pas être perdues ?

Plutôt que d’analyser les défaites, on parle à postériori d’erreurs. Le système soviétique aurait commis des erreurs. Tel ou tel parti aurait commis une erreur. Jaurès emploie le mot uniquement pour les autres : le radicaux surtout ou la Douma en Russie. Ce mot suffit-il ? Serait-il provocateur, un titre de livre demandant : « En quoi Jaurès a-t-il eu tout faux ? » J’appartiens depuis mon enfance à la grande famille des admirateurs de Jaurès (j’étais dans une école Jean Jaurès), admiration redoublée quand j’ai appris comme  il a su unir sans cesse, dans la complémentarité, mais pendant qu’il tricotait l’unité, les mailles tombaient et la guerre a éclaté. La question serait encore plus valable pour Marx ! Bien sûr, on le lit aujourd’hui et nous sommes des millions à dire : « comme il avait raison le père Marx ! » Sauf que la révolution n’est toujours pas là et le point essentiel du marxisme n’est-il pas de réussir la révolution ? Dans un dernier édito du Sarkophage Paul Ariès écrit que la posture de lutte aujourd’hui c’est : « désespéré mais optimiste », un peu comme Gramsci disait : « pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté ». A lire Jaurès j’ai envie d’écrire : lucidité d’où l’anxiété, avec activité, d’où la gaieté.

                                                             22-09-09 Jean-Paul Damaggio

 

Par ALTERS ECHOS, le journal
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