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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 07:27


L’Institut d’Histoire Sociale de la CGT propose à Montauban trois jours autour de Jaurès qui ont commencé ce soir avec un débat, en présence d’une exposition de l’association Valmy qui pourra être visitée demain, le tout s’achevant jeudi autour d’un autre débat avec des responsables de la CGT pour faire le chemin d’hier à aujourd’hui .


Il m’a été proposé de faire une courte intervention sur Jaurès et la question sociale. J’ai décidé de prêter ma voix à un article que Jaurès publia dans l’Humanité le 30 décembre 1906 : la guerre sociale, et que vous trouvez sur le blog des éditions la brochure Jaurès la guerre sociale. J’ai ajouté quelques mots de l’article Jaurès et le repos hebdomadaire.

En guise de réaction, une dame posa cette question que j’ai entendue ainsi : comment cette mémoire a-t-elle pu nous échapper ? Même si l’actualité n’est plus celle de Jaurès, la question sociale ne se réglant plus à coup de baïonnettes, elle ressemble cependant, en son fondement, au texte de Jaurès qui surprend par sa modernité. Jaurès aurait-il été mal servi par les jaurésiens qui le défendent depuis des lunes ? Au bout du compte une autre question plus pratique apportera me semble-t-il la réponse : au moment où les paysans protestent en jetant le lait, Jaurès n’aurait-il pas été plus capable que ses successeurs pour inclure les luttes paysannes dans la question sociale générale ? J’ai eu envie de répondre que chez Jaurès tout est dans la nuance : il défend les paysans qui luttent, les radicaux qui luttent, les ouvriers qui luttent, les peuples qui luttent, les femmes qui luttent, les chrétiens qui luttent etc. Alors qu’autour de lui, et après lui, les catégories diront : la classe ouvrière est révolutionnaire et les paysans des gens soumis à la terre, les socialistes sont les grands lutteurs et les radicaux des supporteurs de la bourgeoisie, les femmes sont soumises à l’église et les hommes seuls sont assez virils pour imposer la révolte etc. Le sens de la nuance chez Jaurès, ce n’est pas le sens du compromis et encore moins celui de la compromission. C’est ce que Lénine appelait : l’analyse concrète des luttes dans la situation concrète. Sauf qu’à partir de là, le monde devient moins confortable car son étude demande plus de travail !

Il n’y a plus les syndicalistes qui seraient la fine fleur de la révolution et les politiques des vendus au capitalisme, mais des pas qui s’ajoutent aux pas pour faire la marche. Dans son évolution, et elle fut importante, Jaurès n’a jamais effacé une page de sa vie pour en défendre une autre, il a toujours ajouté page après page. Au départ, il était simple républicain, puis il est devenu républicain socialiste, le mot socialiste ne pouvant effacer le précédent qui au contraire prenait ainsi tout son sens.

Oui, mais où nous conduit cette marche ? Dans son article sur la guerre sociale il pronostique que dans dix ans le peuple pourra prendre ses affaires en main, or dix après c’est l’ignoble guerre qu’il n’a pas pu empêcher. A une analyse juste, j’ai jugé qu’il s’était trompé quant à la solution. Peut-on dire « trompé » ? Une personne pense que non.

Depuis 1906 que de chemins furent tentés pour sortir du capitalisme et pourtant nous y sommes encore en plein ! Un homme politique qui dit, après analyse, que demain c’est la victoire, s’est-il trompé quand il constate que c’est la défaite ? Il existe aujourd’hui une phrase passe-partout qui dit que les batailles perdues sont celles que l’on ne mène pas. Car celles qu’on mène ne peuvent pas être perdues ?

Plutôt que d’analyser les défaites, on parle à postériori d’erreurs. Le système soviétique aurait commis des erreurs. Tel ou tel parti aurait commis une erreur. Jaurès emploie le mot uniquement pour les autres : le radicaux surtout ou la Douma en Russie. Ce mot suffit-il ? Serait-il provocateur, un titre de livre demandant : « En quoi Jaurès a-t-il eu tout faux ? » J’appartiens depuis mon enfance à la grande famille des admirateurs de Jaurès (j’étais dans une école Jean Jaurès), admiration redoublée quand j’ai appris comme  il a su unir sans cesse, dans la complémentarité, mais pendant qu’il tricotait l’unité, les mailles tombaient et la guerre a éclaté. La question serait encore plus valable pour Marx ! Bien sûr, on le lit aujourd’hui et nous sommes des millions à dire : « comme il avait raison le père Marx ! » Sauf que la révolution n’est toujours pas là et le point essentiel du marxisme n’est-il pas de réussir la révolution ? Dans un dernier édito du Sarkophage Paul Ariès écrit que la posture de lutte aujourd’hui c’est : « désespéré mais optimiste », un peu comme Gramsci disait : « pessimisme de l’intelligence et optimisme de la volonté ». A lire Jaurès j’ai envie d’écrire : lucidité d’où l’anxiété, avec activité, d’où la gaieté.

                                                             22-09-09 Jean-Paul Damaggio

 

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Published by ALTERS ECHOS, le journal
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