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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 11:02

Plutôt que de jouer la démocratie, Tabaré Vazquez, président du pays, a préféré faire valoir son opinion personnelle. Alors que le Congrès a voté le 11 novembre 2008 une loi pour dépénaliser l'avortement, il a décidé d'opposer son veto à l'application de la dite loi. Il avait prévenu à l'avance puisque cent jours après sa prise de fonction, en 2005, suite à une rencontre avec l'archevêque de Montevideo, il avait mis en garde ses propres partisans : je refuserai toute loi qui porte atteinte à la vie.


Les féministes du pays qui se battent depuis des années pour sortir l'avortement de l'illégalité, pour retrouver une période brève de légalisation entre 1936 et 1939, ne croyaient pas que le président puisse se comporter ainsi. Leurs droits ne sont pas de l'ordre de l'opinion personnelle. Les femmes qui sont conduites à l'interruption volontaire de grossesse ne le font pas de gaieté de cœur... et le président s'appuie « sur le traumatisme spirituel » (dit-il en connaissance de cause) que peut représenter cet acte pour les obliger à enfanter ! L'une des féministes, Lilan Abracinskas, de conférences en conférences, démontre que la situation devient insupportable, et le Congrès a fini par voter cette loi car les décès de femmes tentant d'avorter devient un drame national. Et comme toujours, ce sont les femmes les plus pauvres qui sont, parmi les 33 000 avortements clandestins annuels (une approximation), les femmes les plus fragiles. L'avortement clandestin est une activité très lucrative. Mais la hiérarchie catholique ne veut rien entendre ; par contre elle se fait entendre du président de gauche qui n'a jamais cessé de faire appel à la démocratie directe et aux valeurs humanistes ! Par son comportement, la hiérarchie catholique sape sa propre autorité puisque les autres religions (évangéliste et méthodiste) ont annoncé leur appui à la décision du Congrès. De leur côté des féministes ont lancé une campagne avec pour thème : « Assez de rosaires, dans nos ovaires ! ».


En conséquence, les promoteurs d'une loi permettant aux femmes de décider de leur maternité demandent au président, à défaut de vouloir donner son accord à une décision démocratique, de proposer un référendum sur la question, pratique habituelle dans le pays. Mais il refuse ! Tous les sondages indiquent que l'opinion est favorable à plus de 55% à une loi de dépénalisation.


Tous savent que l'enjeu dépasse largement le cas du petit pays coincé entre les géants argentins et brésiliens. L'Uruguay, qui autre fois était appelé la Suisse des Amériques, fut, avec le Mexique, un des premiers pays à voter une loi de séparation des églises et de l'Etat, il y a un siècle, et il pouvait devenir aujourd'hui, avec Cuba, une référence en matière de droit des femmes latino-américaines, celui de pouvoir disposer de son corps étant essentiel, surtout sur un continent où les violences engendrent des maternités de plus en plus précoces. Ni la Bolivie, ni le Venezuela n'ont voté une telle loi. L'Equateur dans sa Constitution démocratique n'a pas pu inscrire la laïcité parmi ses références.

Toute l'Amérique latine souffre de ce contrôle religieux sur les corps et sur la vie politique. Donner la priorité aux droits sociaux sur les droits des femmes, c'est comme vouloir traverser le pacifique à la nage. La priorité aux droits des femmes, c'est l'assurance que les droits sociaux seront solides. Combien de siècles faudra-t-il pour que la gauche le comprenne ? Tout comme les droits écologiques doivent devenir un autre des piliers des droits sociaux.


Ces quelques rappels veulent combattre l'idée véhiculée en France que l'Eglise catholique a fini par accepter la laïcité alors qu'elle s'incline seulement là où les laïques réactivent sans cesse leur combat qui est une action de tous les temps et jamais achevée.  25-11-2008 Jean-Paul Damaggio


P.S. Aujourd'hui le Venezuela vote, hier le Nicaragua a fait de même. Questions cruciales qui s'ajoutent à la plongée vers l'enfer du Mexique. Mais j'ai préféré tourner mon regard vers le petit Uruguay. (Source : La Republica de las Mujeres)

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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 21:23
Depuis janvier 2006 le nouveau président équatorien, Rafael Correa, développe une stratégie de gauche propre à l'histoire du pays. Son élection pouvait tourner court vu qu'elle a été obtenue sans l'appui clair d'une force politique. Depuis, son parti, Alliance Pays, n'a cessé de marquer des points. Avec l'élaboration de la nouvelle constitution qui vient d'être largement acceptée par les électeurs (autour de 66%) on pense au modèle « Chavez » appliqué également en Bolivie. Les ressemblances ne doivent pas masquer les différences. Rafael Correa n'est pas un militaire mais un économiste qui préfère l'action discrète aux grandes déclarations. Il sait que dans son pays, il existe un fort mouvement indigène même si depuis quatre ans il a perdu de sa puissance. Il sait également s'appuyer sur le réseau des radios communautaires plus que sur une télé publique (Correa est présent dans une émission qui ressemble à « alo présidente » de Chavez, mais à la radio).

La nécessaire reconstruction des institutions vient du fait que les oligarchies possèdent depuis longtemps les dites institutions (justice, police, conseil national électoral...). Pour remplacer l'ancienne classe politique, il faut donc avancer pas à pas, au fur et à mesure que de nouvelles compétences surgissent au sein du peuple. Les présidents précédents finirent par trahir les électeurs et les mêmes craintes naquirent après l'installation au pouvoir de Correa mais depuis presque trois ans sa politique rassure les forces sociales d'où le succès électoral d'hier.
Que dire alors des adversaires du pouvoir ?

Comme en Bolivie, ils sont regroupés dans une région riche, là où le NON l'a emporté d'un fil : Guayaquil. Un milliardaire est à leur tête, Jaime Nebot le maire de Guayaquil.
L'incontestable victoire électorale de la gauche va-t-elle changer les stratégies des uns et des autres ?
En ayant perdu beaucoup de relais au sein de l'Etat, les oligarchies sont-elles neutralisées ?
Si par rapport au Venezuela, la stratégie de Correa est plus discrète (pas question par exemple d'abandonner le dollar comme monnaie nationale), par rapport à la Bolivie, elle a évité l'écueil de l'autonomie.

Ceux qui veulent se plonger dans les détails de la nouvelle constitution, la trouveront sur le site du journal La Hora (je travaille à l'édition d'une traduction), pour le moment, je me limite à évoquer le calendrier qui naît de la nouvelle configuration.
Il s'agit d'un nouveau calendrier électoral centré plus que jamais sur l'élection présidentielle. C'est un phénomène à étudier, que celui de la présidentialisation des républiques. A mes yeux, il tient aux nécessités du Roi Marketing, qui a besoin pour exister d'un produit à vendre, à savoir l'image d'un homme ou d'une femme. Or le roi marketing impose la mort du politique puisqu'il ne vise pas à créer une conscience sociale mais à s'aligner sur les idées dominantes.

De plus, cet homme ou cette femme élu ne manque pas de rappeler à chaque occasion qu'il ou elle doit sa victoire à Dieu (il m'est arrivé d'intervenir sur cette question dans un article précédent sur l'Equateur). Si la constitution équatorienne développe les pouvoirs du peuple, elle confirme en même temps cette personnalisation dangereuse du politique. Correa a beau dire à ses proches qu'ils peuvent, comme lui, postuler à la charge suprême, tout le monde en doute.

Ce calendrier électoral n'est cependant pas le seul en vu. Dans les dix jours qui suivent la proclamation des résultats, tous les magistrats de la Cour suprême terminent leur mandat, 21 seront repêchés par un tirage au sort pour la nouvelle Cour nationale de justice. Et dans les 180 jours c'est un Conseil national de justice qui va être mis en place.
De même, dans les 15 jours, doit se mettre en place le concours qui permettra de créer le Conseil de la participation citoyenne.

Avec des infrastructures plus démocratiques, le pays va-t-il enfin sortir de la misère qui fait que des milliers d'Equatoriens tentent l'aventure de l'immigration pour survivre ? Juste avant le vote, Correa a augmenté les salaires de 10 à 15%, un petit bol d'oxygène pour les travailleurs du pays, un pays qui a tout pour lui. La terre agricole est d'une extrême richesse et peut très bien nourrir tout le pays. Les richesses minières ne manquent pas, aussi le contrôle du pouvoir sur les multinationales devrait permettre enfin que la consommation nationale ne se fasse plus au prix fort. Mais est-ce possible sans nationalisation ? Pour le moment le choix de Correa repose sur la négociation et le contrôle public. Pourra-t-il tenir longtemps ? La suite des événements dans ce petit pays sera un apport spécifique à la réflexion générale de la gauche.
                                                                                             29-09-2008 Jean-Paul Damaggio
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