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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 13:58

Le dimanche 15 février 2009, à Vazerac, une cinquantaine de personnes se rassemblaient à nouveau pour faire le bilan de l'action départementale en faveur de la Poste. L'organisation avait été prise en charge par le comité local qui proposa au maire de la commune de faire le bilan de la négociation entamée par le groupe des élus avec les dirigeants de La Poste pour arriver à une convention de partenariat permettant d'empêcher le projet de transformation de 28 bureaux en agence postale communale (APC).

La réunion fut très utile et fructueuse par l'apport d'informations et l'échange démocratique qu'elle permit. Je vais retenir deux actes de réflexion.


Elus / citoyens


La question de La Poste mobilise les élus ruraux car ils savent deux choses : il s'agit d'un point très sensible pour TOUT l'électorat, et en même temps les maires sont invités à cautionner eux-mêmes la dégradation du service public !

En conséquence en Tarn-et-Garonne un groupe d'élus s'est mis en place pour analyser la situation et faire à La Poste des contre-propositions. Le cœur de la démarche consiste à changer les critères de référence qu'invoque La Poste pour justifier sa création d'APCs.

Un questionnaire a été envoyé aux communes concernées pour vérifier la démographie, le bassin du bureau de poste, son fonctionnement, la place des facteurs, la situation des autres services. Un consultant anime ce travail autour de la députée Sylvia Pinel et du président du Conseil général Jean-Michel Baylet.

Les citoyens ne participent pas à ce travail « technique ». S'agit-il en conséquence de lutter pour seulement soutenir les élus et les contrôler ? Un comité départemental est né avec des partis politiques, des syndicats, des associations et des citoyens, en lien avec le comité national, et Maurice Guiche, son président, est intervenu pour en rappeler l'existence et faire observer que depuis le 21 janvier une demande de rencontre avec la députée Sylvia Pinel a été sans réponse. Le maire de Vazerac, qui sur tous les points a évité la langue de bois, a promis de se faire l'écho de cette demande.

Le travail des élus, en présence des plus hautes autorités de la préfecture, va entrer dans sa phase plus active de négociation avec la Poste à partir du 23-27 février et surtout le 6 mars où un bilan d'étape aura lieu. C'est un raisonnement par canton qui a été adapté. Le Conseil régional Hugues Baucky évoqua de son côté une réunion sur « La Présence Postale » qui aura lieu la veille. Tous les élus n'interviennent pas au même niveau donc avec les mêmes billes.


Local/global


La discussion a permis de vérifier que la dégradation du service ne touchait pas seulement Vazerac, le guichet, mais que même au-delà de La Poste, il s'agissait d'une politique délibérée. Les directives européennes (mises en forme en France par la loi de 2005 sur La Poste) peuvent alors servir deux fois : pour dire que face à la concurrence il faut réduire le nombre de bureaux de Poste d'où la création des APCs, puis demain, on pourra leur faire dire que les APCs, par les subventions publiques, faussent la dite concurrence et sont donc illégitimes !

En conséquence quelle est la cohérence entre le fait de voter au Parlement en faveur du Traité de Lisbonne, et le fait à Montauban d'agir contre les conséquences de ce même traité ? Au positif, le citoyen peut penser qu'il s'agit d'une prise de conscience, et au négatif il peut penser que localement il s'agit de trouver les moyens de faire passer la pilule en s'appuyant sur les atouts locaux, en particulier, la bonne démographie. Cependant, le projet du groupe des élus est ambitieux car après avoir sauvé les 28 bureaux il tentera de revenir en arrière sur les 30 APCs déjà existantes. Faut-il encore que les maires des communes en question le souhaitent ?

Le bilan de la situation à Vazerac, présenté par le maire, permet de noter que le sujet est étudié avec sérieux. Où est le conseiller financier de la Banque Postale ? Comment envoyer les colis ? Comment évolue le statut des personnels ? Sur tous les points, la stratégie de La Poste consiste à dégoûter l'usager de La Poste locale pour justifier ensuite une politique de désengagement. Vazerac a une entreprise de vente par Internet qui devrait bénéficier au bureau de Poste si les autorités postales tenaient à développer ce service. A partir du 1er mars les employés du guichet seront des personnels roulants ! Un problème vient d'ailleurs de se poser avec la tournée d'un facteur. Là le maire a reconnu qu'il faudrait faire preuve de civisme en installant mieux les boîtes aux lettres, et pour la commune en renseignant mieux les lieux du territoire. Ce point de vue ne s'oppose pas au fait que de son côté la Poste avait autrefois un personnel qui, avant de se lancer dans une tournée, la faisait avec le titulaire, un personnel formé et installé aussi bien dans le guichet que dans le paysage. Mettre du personnel mobile c'est ensuite dire au maire : « si vous voulez un emploi fixe, vive l'APC puisque c'est vous qui choisirez et contrôlerez le personne en question ! »


Ce débat a relancé la question classique : faut-il mettre le doigt dans les questions de gestion pour assurer la défense du service public ? Le service public est-il si performant qu'il suffise de dire : défendons les bureaux sans rentrer dans l'étude de leur « rentabilité » ? En tant que syndicaliste enseignant, j'ai toujours considéré qu'une école avec moins de six élèves devait fermer ce qui ne signifie pas qu'avant d'en arriver à ce stade il ne faille pas étudier les raisons de la situation et les propositions alternatives comme le regroupement ! Prendre acte d'une situation ne signifie pas s'y plier mais au contraire ça signifie : chercher à voir au-delà des critères habituels. A une époque, on tenta de mettre à contribution les facteurs pour qu'ils démarchent leurs clients en faveur des autres services de La Poste, mais ils ne recevaient une rémunération qu'après les résultats obtenus ! Donc celui qui était sans résultat avait pris le temps de discuter avec l'usager... sur son propre temps de travail ! On ne reconstruira un service authentique de La Poste que si les citoyens se mêlent de la discussion. Par exemple sur les horaires d'ouverture : quand l'école commence à 9 heures pourquoi faut-il que La Poste ouvre seulement à 9 h 30 ? Pourquoi ne serait-elle pas ouverte dès 8 h 45 ? Sur des tas de points, il s'agit de faire évoluer le service... mais pas pour le dégrader.


En fait, et là je livre en conclusion l'état de ma réflexion suite au débat où il a été aisé de vérifier qu'il serait négatif d'opposer élus et citoyens comme d'opposer les luttes locales et globales : la privatisation de la Poste avance sans cesse. Contrairement aux nationalisations vécues comme une date clef, les privatisations constituent des processus parfaitement organisés sur dix ou vingt ans, et celle de La Poste suit le chemin de France-Telecom. Elle s'opère par :

- la différenciation des métiers. Des facteurs disent : « il n'y en a que pour les bureaux de poste ! ». Ils ont raison : les élus, les usagers se battent surtout par rapport à la transformation des bureaux en APC (les mairies sont mises à contribution financièrement), et oublient l'évolution du statut des facteurs et autres personnels. Plus de 30% du personnel est de droit privé et dans ce secteur de main d'œuvre (trois cent mille emplois) le point n'est pas négligeable.

- le statut de la Banque Postale. Quand dans un bureau de Poste, le vieux monsieur s'entend dire : « Mais monsieur, si vous voulez retirer 400 euros, il faut me faire la demande trois jours à l'avance ! » et qu'il doit repartir dépité, il est aisé de vérifier que s'il y a plusieurs métiers, tous se tiennent. Donc quand les guichets font moins, la Banque Postale fait moins. En fait, l'objectif est le même qu'avec France-Telecom : des zones du territoire doivent devenir ce qu'ils appellent des zones blanches pour ne pas dire des points noirs ! Pas d'ADSL ou alors à un prix excessif malgré les aides institutionnelles ! D'où les fortes luttes en zone rurale. Et pendant ce temps les queues en zone urbaine sont jugées acceptables jusqu'à vingt minutes ! Bref, la lutte suppose de s'armer pour et par la lutte.

                                                                       18-02-2009 Jean-Paul Damaggio

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Published by ALTERS ECHOS, le journal - dans Service public
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