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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 18:44


Dès 9 heures du matin, d’abord quelques dizaines de personnes se regroupent sur l’avenue du bord de mer à Amatea, Calabre, Italie, en ce samedi 24 octobre plutôt pluvieux. A l’appel de multiples organisations (200), une manifestation nationale est organisée au pied de ce beau village, où sur le sommet de la colline proche une tour sarrazine du vieux centre historique fait toujours le gué. Pourquoi dès 10h, sont-ils des milliers venus en bus de toute la région ? Les réalistes disent plutôt 20 000, quand d’autres vont jusqu’au chiffre de 35 000. Dans un petit village pour un trajet d’un kilomètre et demi allant du bord de mer à la place centrale!

Les bateaux voyous                                                                          

Tout a commencé à la mi-septembre quand un repenti a avoué avoir coulé dans la mer un bateau contenant des déchets toxiques jusqu’à être éventuellement radioactifs. Un paradoxe pour l’Italie où les écologistes, voici des années ont obtenu par référendum l’arrêt des centrales nucléaires afin de ne pas en supporter les effets dont celui des déchets ! Un repenti c’est un membre de la mafia qui décide de parler en échange de quelques allègements de peine. En Calabre l’économie souterraine occupe toujours une place importante, et les révélations n’ont surpris qu’à moitié. Pour le moment les vérifications indiquent bien que le bateau et son chargement immonde dorment dans la mer par 480 mètres de fond. Sauf que le drame ne s’arrête pas là : d’autres affaires refont « surface » qui indiquent que ce bateau est l’un d’une liste qui en contient d’autres (Cunsky, Rigel, Rosso, Michigan).

Quelques kilomètres au-dessus de Amantea, à Praia a Mare, les inquiétudes montent d’un cran tous les jours. Dans une fabrique de textile (Marlane) on découvre même des victimes masculines du cancer du sein. Avec la pollution de la mer, celle des rivières, comme le fiume Oliva, tout l’environnement est touché : jusqu’à une construction de digue à Galatro Terme qui aurait servi à se débarrasser des déchets encombrants !

L’Etat se propose de tout vérifier, les enquêteurs de tout enquêter et les manifestants d’aujourd’hui à Amatea avertissent qu’il ne s’agit pas seulement du rendez-vous d’un jour. EXASPERE. En Calabre où la peur règne le plus souvent, cette manifestation, par son ampleur, est le signe d’une révolte profonde, longtemps contenue mais qui déborde à présent. Une révolte d’EXASPERES. Comment, ici à Amatea, et dans les villes environnantes aussi, a-t-on pu fabriquer une des pires poubelles connues de la Méditerranée?

Natale de Grazie

Un nom revient dans la mémoire des habitants, celui d’un jeune capitaine de corvette du port de Reggio Calabria mort étrangement… en 1995 après des années d’enquête sur le cas du Jolly Rosso ! Aujourd’hui, l’avenue du front de mer prend son nom et vous ne m’en voudrez pas si c’est le premier nom que vous lisez dans cet article. Les noms des voyous sont souvent à la Une des journaux (y compris pour les dénoncer) mais pas les noms des lutteurs populaires, même quand leur lutte leur coûte la vie. Vous le constatez l’histoire remonte à longtemps, mais parfois la mémoire ne craint pas les jours qui passent ! En décembre 1990 un bateau louche, la Jolly Rosso (nom aussi louche que la cargaison car l’armateur le trafiqua), s’est enlisé dans les sables à Amatea. Des bidons ont commencé à faire parler d’eux et un groupe d’écolos s’est constitué. En 2004 la lutte a repris pour dénoncer une présence étrange de mercure, de dioxine dans le secteur. Une première manifestation considérable eut lieu en décembre 2004. Très vite la justice a enterré l’affaire et la lutte s’est essoufflée. Mais des personnes qui n’avaient rien dit à l’époque, n’imaginant pas un instant qu’il puisse exister un trafic d’ordures toxiques, s’interrogent à présent dans le nouveau contexte. Une femme a décidé de témoigner à visage découvert, Teresa Bruno (sur le site du journal l’Expresso), d’autres confirment ses dires sur des bidons trop rapidement enterrés dont on lui expliqua à l’époque qu’il s'agissait de goudron pour les routes.

Un des moments les plus émouvants de la manifestation se produit quand la veuve de Natale de Grazie dévoile la plaque en l’honneur de son mari. Il pleut trop pour savoir si elle en pleure. Elle réussira à dire quelques mots : « Vous avez donné un sens au sacrifice de mon mari et cette plaque vaut plus qu’une médaille d’or parce que c’est une reconnaissance qui vient du peuple. Je me souviens qu’en 1991-1992, il a insisté pour revenir en Calabre, afin de faire quelque chose pour sa terre.»

Des enquêtes en tout sens

Des juges, une commission parlementaire, des organisations sociales, une série d’enquêtes sont en cours relayées surtout par deux journaux Il Manifesto et L’Unita. Un bateau Mare Oceano doit repêcher des déchets pour les analyser. Alfonso Lorelli, avocat devenu prof, un des principaux organisateurs de la manif d’Amatea prévient : « il ne peut s’agir de mesurer seulement les effets (la multiplication des cancers) mais de repêcher toutes les ordures envoyées au fond de la mer pour en savoir la nature précise ». La question ne concerne pas seulement la Calabre mais la défense globale du bien commun de notre société, la mer. Faut-il se résigner à une Méditerranéenne poubelle de la planète ? Le coût connu du retraitement des déchets radioactifs est-il, seulement dans ce cas, réduit à rien par des opérations mafieuses ?

D’autres intervenants diront quelques mots mais ce qui frappe les esprits devant cette immense manif c’est la créativité des participants à travers les mots d’ordre sur les banderoles, ou la création de beaux bateaux en carton qui souffraient sous la pluie.

Des révoltés décidés

Le Comité civique Natale De Grazie qui regroupe aussi bien des syndicalistes que des écologistes, a surtout réussi à être une organisation populaire capable de transformer l’indignation des pêcheurs, des agriculteurs et des habitants en mouvement de solidarité générale ancré dans l’histoire locale. La manifestation minutieusement préparée fait chaud au cœur de tous ceux qui jusqu’à présent luttaient dans l’ombre. La parole semble libérée et les opérations de colmatage que le pouvoir veut organiser autour de l’affaire vont échouer. Y compris l’éventuelle tentative de récupération politique de l’opposition ! Un seul homme politique italien de premier plan était dans le cortège : Antonio Di Pietro. Ils comptent cependant sur le Commissaire à l’environnement de l’Union européenne qui a envoyé une lettre sans réponse au président du conseil italien, dont j’ai oublié le nom. Ce commissaire peut mesurer un risque global sans craindre d’en être porté responsable. Car toute la question de la manifestation c’est de pouvoir mettre à jour les responsables !

Des responsables à l’abri ?

Tous les responsables maritimes ne cessent de le répéter, un bateau ne peut pas disparaître facilement et c’est pour ça qu’ils doutaient jusqu’à présent des accusations portées par des écolos. Mais les révélations du repenti et la découverte d’un bateau, laissent craindre que les responsabilités soient telles que l’événement ait pu se répéter plusieurs fois ! Un premier lien entre tous les bateaux disparus apparaît : ils sont partis du port de Massa Carrare. Traquer les responsables, ce n’est pas seulement pour éviter que ça recommence, mais c’est pour mettre à jour ce fameux fonctionnement souterrain d’une part de l’économie italienne et mondiale dont je crains que les effets soient pires que les émanations de CO2.

La manif se termine

Sur le parcours de la manif tous ces points et bien d’autres ont été débattus puis pour conclure la journée en beauté quoi de mieux que quelques belles canzone ? Demain à Cetraro et ailleurs les pêcheurs, les agriculteurs, les hôteliers, en plus des problèmes de santé vont affronter de graves problèmes économiques. J’imagine à présent qu’un tel moment de vie fasse une minute au journal télévisé… mais alors nous serions en révolution ! (après vérification sauf RAItre qui a fait une émission visible sur internet, les autres chaînes n’eurent pas un mot pour ce problème).


                                                        25-10-2009 Jean-Paul Damaggio

 

P.S. : Ceci est un des sept témoignages que je ramène de l’Italie qui lutte. Les autres se trouveront d’ici  une semaine, sur le site de la maison d’édition que j’anime : les Editions la Brochure. http://la-brochure.over-blog.com

 

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 07:16


Grâce au soleil, il est possible d'avoir de l'eau potable pour de nombreuses populations confrontées à cette difficulté. Nous constatons tous que l'eau, bien précieux, est malheureusement trop souvent gaspillée. Nombreux sont ceux qui ne peuvent pas y avoir accès.


Les équipes de recherches de Sandec, division eau et assainissement dans les pays en développement de l'EAWAG (institut fédéral suisse pour l'aménagement, l'épuration et la protection des eaux) ont mis au point une solution qui permet à des familles de désinfecter l'eau avant de la boire.


La méthode Sodis (SOlar DISinfection) est un système économique et simple à mettre en oeuvre, ce qui facilite sa diffusion au sein de populations à faibles revenus qui n'ont pas accès à l'eau potable. Le soleil qui est une ressource renouvelable et gratuite permet d'aider à désinfecter l'eau.


                                                                                                                                     dessin : estelle redor 

Une bouteille en plastique « PET » plutôt que PVC, transparente, remplie d'eau, qui est posée horizontalement au soleil, durant six heures, fournit une eau potable! C'est l'irradiation du soleil qui permet au système de fonctionner. De fait, les rayons UV-A du soleil détruisent la plupart des micro-organismes pathogènes, générateurs de maladies d'origine hydrique. Ce phénomène est accéléré par l'élévation élevée de la température de l'eau.


Facile à utiliser au niveau domestique, ce procédé répond de manière satisfaisante à une consommation quotidienne d'eau potable.


Cette méthode est notamment préconisée par l'association Aquacare, créée en 2003 par de jeunes chercheurs des universités camerounaises et des Institutions d'Etat qui s'occupent de la protection de milieux aquatiques, et de l'approvisionnement en eau potable.

Au Cameroun, dans les villes de Yaoundé et de Douala, des formateurs d'Aquacare vont sur place pour montrer aux familles comment procéder pour obtenir de l'eau potable.



                                                                                                         

Cette méthode Sodis est recommandée depuis

2001 par l'organisation mondiale de la santé pour améliorer la qualité de l'eau consommée par les ménages depuis 2001.

Un programme de formation à la méthode Sodis auprès de 2 911 familles situées dans des zones rurales du nord Cameroun a été mené entre mai et janvier 2008. A la fin de ce programme, nous avons obtenu un taux d'acceptation de la méthode de 45% environ a été obtenu, pour une réduction de plus de 60% des diarrhées chez les enfants de moins de 5 ans.


Cette méthode très simple à laquelle il fallait penser va permettre, quand l'accès à l'eau est possible, de bénéficier d'eau potable à un niveau raisonnable. Cette eau potable que nous apprécions et dont nous trouvons normal de bénéficier, nous, pays riches.


 Cela évitera entre autres bien des soucis de santé au niveau nutritionnel, dans de nombreuses régions et pays où les problèmes d'eau et d'assainissement sont cruciaux.


Les pays émergents du Sud qui malheureusement subissent de plein fouet des famines, des sécheresses, des guerres, et sont confrontés quotidiennement aux conséquences terribles de la mondialisation, qui n'est ni généreuse ni redistributive.


                                                                                                          Francis Melou

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