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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 09:30

Toujours dans le numéro consacré aux "Révolutions silencieuses", vous avez lu en page VII le texte d'Alain Marcom sur l'éco construction. Ne manquez pas celui qui suit, plus développé. En effet, "on ne croit pas ce que l'on sait...

 

 

Un monde bouffi au bord de la rupture


En 1972 paraissait le rapport Meadows du MIT pour le Club de Rome publié en France sous le titre « halte à la croissance ». Il concluait en tirant sur le signal d'alarme: notre espace terrestre est limité, l'épuisement des ressources et la production de déchets par les activités humaines, menacent une organisation durable des sociétés sur la planète. Il démontrait par les modèles mathématiques mis à contribution pour cette étude, que, quel que soit le scénario envisagé,  nous allions à un effondrement de la civilisation industrielle avant la fin du 21 ème siècle.....


En 1973, puis en 1979,  eurent lieu deux chocs pétroliers. L'origine de ces deux périodes de tensions sur les prix du pétrole n'était pas environnementale mais politique: l'un était du à la guerre entre Israël et ses voisins et l'autre à l'arrivée d'un pouvoir islamique en Iran. et il y a eu sans doute un peu confusion entre les dimensions politiques et écologiques de ces faits historiques, mais leur inscription dans le réel fut déterminant.


Ces trois événements ont été les détonateurs de l'éveil d'une conscience écologique. C'était il y a presque quarante ans !


Pendant les années soixante-dix et quatre vingt, de nombreuses équipes de militants se sont penchées sur la question de l'énergie, maintenant vivant l'écho des deux chocs pétroliers dans les mémoires. Dans les années quatre-vingt dix, le triomphe de la dérégulation, des Yuppies, du productivisme, du bas prix de l'énergie, du discours sur l'économie libérale, et toute cette sorte de chose, rejeta toute référence à l'écologie dans la liste des objets de sarcasme. «Ecolo!» était devenu une presqu'insulte.


Pourtant, quelques chevelus, dont soi dit en passant certains étaient déjà chauves, ont continué à essayer de faire le point et de trouver une issue. Car pour ceux-là, le rapport pour le club de Rome n'était pas passé à la trappe. Les ressources continuaient à s'épuiser et les déchets persistaient à s'amonceler. A ces deux soucis est venu peu à peu s'ajouter le constat de l'échec des politiques développementistes élaborées dans les pays industrialisés pour le tiers monde. Ni la faim, ni la maladie, ni les inégalités ne diminuaient malgré les discours et les projets officiels, bien au contraire, ces fléaux s'aggravaient. En somme une dimension sociale mondiale s'est inscrite également dans le paysage stratégique des préoccupations écologiques.


La situation actuelle en passe une couche supplémentaire avec la collision “crise écologique-crise économique”. Chacun-e aura noté la hausse parrallèle et continue des cours du pétrole et des céréales durant l'année 2008. Ainsi sous nos yeux, ,pour des raisons  à la fois politiques, économiques, et environnementales, les pauvres du Sud de la planète meurent alors que les riches continuent sereinement à faire le plein et à manger bio dans les grandes surfaces climatisées du Nord...!  Même s'il existe encore des souteneurs de la croissance économique à tous crins, il est plutôt clairement démontré qu'il n'est plus possible de penser l'avenir sans changer au fond l'organisation technique, économique et sociale de ce monde au plus tôt et si possible, dès maintenant. Chacun doit changer dans son mode de vie, dans son métier, dans sa culture, et cette assertion est même impérieusement valable pour les décideurs politiques et les décideurs économiques qui doivent changer le regard qu'ils ont sur nous, la “société civile”.


L'année 2009 verra peut-être une nouvelle étape de la restructuration du capitalisme, mais on ne voit toujours pas le moindre signe de sa part de prise en compte de ce qui est désormais une évidence, les problèmes écologiques. Cette indifférence choque d'autant plus que le sommet de décembre sur le climat  à Copenhague s'annonce plus sombre que jamais....Il est devenu criant qu'il ne s'agit plus de trouver une énième technique miracle salvatrice, mais bien plutôt de s'organiser pour répartir les efforts à faire en vue d'arrêter l'emballement des crises.  Il est donc clair que nous ne sommes pas face à  un problème technique mais à un problème politique.


Dans le bâtiment, de plantureuses marges de progression....


 Le bâtiment, comme le transport, l'agriculture, l'industrie ou toutes les autres activités humaines, doit participer à la résolution du problème mondial, et pour cela ne pas épuiser les ressources, ne pas produire de déchets, tenter de réduire les tensions sociales mondiales et ceci durant les  trois phases du cycle de vie d'un bâtiment, c'est à dire: construction, usage, et fin de vie.


En France, en ce début de 21 ème siécle, la construction du logement comme du tertiaire consomme en énergie un équivalent baril de pétrole par mètre carré, soit pour un logement de 100 m2, une quinzaine de tonnes d'équivalent pétrole. Chaque 10 ans,  en moyenne ce même mètre carré consomme de nouveau un équivalent baril de pétrole en chauffage et refroidissement. Les routes et réseaux nécessaires aux divers raccordements de ce logement ou de ce bureau consomment lors de leur construction la moitié d'un  baril par mètre carré. De nos jours, en France, chacun-e de nous est titulaire d'environ 450 m2 de surface construite en logements, bâtiments publics ou professionnels, et réseaux. Si tout avait été construit selon les techniques actuelles, l'équivalent de la production mondiale d'une année de pétrole y serait passée!


A l'usage, les déperditions thermiques de ces bâtiments, sont très importantes parce que ces bâtiments ne sont pas construits avec une culture de l'éfficacité énergétique. Il faut donc consommer de l'énergie pour faire du chaud l'hiver et du frais l'été.


En fin de vie, au moment de la déconstruction, le bâtiment et les travaux publics générent 300 millions de tonnes de déchets, dont les deux tiers sont recyclés. Restent environ 100  millions de tonnes de déchets, soit une tonne et demi par français-e, quatre fois le volume des ordures ménagères, qui finissent en décharge. Les trois quarts de ce volume sont de la terre et de la pierre, matériaux de construction utilisés universellement pour bâtir, tombés en désuétude économique depuis l'industrialisation. Dans le même temps chaque année les gravières françaises extraient 100 millions de tonnes de sables et graviers et les cimenteries cuisent 23 millions de tonnes de ciment...Quant aux 25 millions de tonnes de déchets de matériaux, composés de briques, mortier, parpaings béton, plaques de plâtre, polystyrène, laines minérales, enduits, peintures, tout mélangé, parfois même avec les installations électriques ou sanitaires, les filières de réemploi qui existaient dans les années cinquante ou soixante, désormais inexistantes, ne sont pas en mesure de les remettre sur le marché, et pour cause: il faudrait pour cela que les déconstructions soient d'abord des démontages plutôt que des effondrements ou des démolitions. Et nous en sommes très loin.


Chacun-e aura compris que, convcernant le secteur du bâtiment en France, le niveau de prédation de ressources autant que le niveau de production de déchets est insupportable pour la planète. Mais par dessus tout, du point de vue de l'équité entre tous les humains, notre mode de vie est insoutenable !



Un morceau de solution...


On nous promène depuis des décennies avec des discours parfumés de “progrès”, qui ne visent en fait qu'à nous faire consommer encore plus de “nouvelles technologies”. Et le Grenelle de l'environnement qui avait sous l'impulsion des associations abordé de nombreux sujets, continue sur la même voie en promouvant des actions marchandes, un peu comme si au moment du naufrage du Titanic, on nous suggérait d'acheter avec un crédit très intéressant un bon canot de sauvetage, canot fabriqué par les mêmes qui ont fait le Titanic, le tout dans une atmosphère de crise financière due justement à la surdiffusion des crédits intéressants. On ne voit pas très bien pourquoi ceux qui nous ont mené là auraient soudain l'illumination de leur erreur et voudraient nous sauver. La carotte bio de la solution techno est bourrée de pesticides.


Il faut regarder plutôt du côté de ce qui s'est fait depuis dix mille ans et renouer avec notre histoire de la construction. Depuis plus de cent siècles les humains construisent en terre, pierre, bois, paille et autres végétaux. Il n'y a guère plus d'un siècle qu'on a arrêté de le faire dans les pays industrialisés. Pourtant subsiste en France entre deux et trois millions d'habitations érigées selon ces techniques. Ce sont même ces constructions qu'on utilise en général sur les dépliants touristiques pour inciter les étrangers à visiter notre pays. Qu'il s'agisse de monuments ou de modestes maisons paysannes, ces constructions réunissent souvent des qualités esthétiques reconnues. Une chose est, de plus, indéniable, vu ce quelles ont enduré, elles sont durables !


L'écoconstruction comme commencement de l'ouverture d'un passage vers une société plus repsectueuse de l'environnement et des autres.

 

Quelques productions agricoles peuvent jouer un rôle dans la stratégie écologique de l'écoconstruction : les fibres genre paille, chanvre, foin, lin, roseaux, laines animales sont mélangeables à des mixtures de terre, plâtre ou chaux pour fournir des éléments porteurs, des isolants ou des finitions d’habitat. Les mêmes mixtures peuvent agglomérer des fibres plus courtes genre broyats de bois, copeaux, rafles de maïs, ou paille hachée. Le bois, y compris les bambous, n’a plus à démontrer son efficacité constructive, les bottes de pailles cubiques font de bonnes briques isolantes, pour ne citer que quelques pistes déjà en voie de redécouverte. Mais rien n’interdit de gamberger sur l’utilisation des feuilles de maïs, des rafles de raisins, des pommes de pin, des coquilles de noix, des noyaux d’olives après pressage, des ronces, des sarments de vigne, de la moelle de tournesol et sans doute bien d’autres co-produits du travail en agriculture dont les bâtisseurs ignorent l’existence.


Pour donner une idée des enjeux en cas d'isolation de tous les logements construits annuellement, par exemple, si l'on compare la paille à la laine de verre et au polystyrène extrudé, pour une efficacité isolante semblable (R=6,7) selon les critères de l'énergie incorporée exprimée en milliers de tonnes d'équivalent pétrole et l'émission de gaz à effet de serre exprimée milliers de tonnes d'équivalent de CO2, on a les résultats suivants:

 

 

 

D'où il ressort que généraliser la paille pour isoler les logements en France économise au moins deux cent quarante et une mille tonne de pétrole et fixe presque six millions de tonnes de CO2. 


Quand le problème, c'est l'épuisement des ressources et la production de déchets dans un contexte de changement climatique non souhaitable, on voit que la paille sait être du côté de la solution. Pour celles et ceux qui seraient inquiets sur la quantité de paille disponible, il est possible de les rassurer en leur disant que l'isolation de tous les logements neufs chaque année utiliserait moins de 10% de la production.


Le bois a longtemps constitué le premier matériau de construction de structure de par sa facilité d'emploi. Il reste un excellent matériau, utilisable sans traitement pour beaucoup d'essences et beaucoup d'usages, et il reste une solide culture de sa mise en oeuvre. Il peut être aussi utilisé en matériau massif par la technique de la fuste.


La terre crue  est elle aussi un matériau très disponible. C'est le résidu de l'usure des roches primitives par l'action conjointe des glaciers et de la végétation. Dans de très nombreux endroits, partout où la terre compose le bâti ancien, elle est un matériau pertinent encore employable. Le torchis, le pisé, l'adobe, la bauge sont quatre techniques bien représentées en France. Il doit exister sans doute dans chaque région française des maisons de terre vieilles de cinq siècles au moins. On trouve dans le sud ouest des fortifications en bauge et en pisé qui ont un millénaire d'âge.

On peut noter que dans les pays de pierres, c'est, jusqu'au 19 ème siécle au moins, la terre qui constitue le mortier de pose. Les savoir ne sont donc pas loin, un renouveau de la construction en terre est en train d'émerger. Mais l'université des évidences du bâti ancien n'est pas encore assez fréquentée par les professionnels, et cette défection est autant due à la réglementation formatée par les industriels, qu'à l'absence de formation en direction des professionnels. Il suffirait pourtant de regarder dans les villages et les campagnes, les maisons anciennes et de croire ce que l'on voit.

 

 

 

 

Moindre consommateur d'énergie à la mise en oeuvre, frein au changement climatique, fournissant plus de surface construite, beaucoup plus facilement recyclable en fin de vie, et plus redistributeur de revenus du travail, les murs en  terre-paille sont un matériau beucoup plus écologique que la maçonnerie conventionnelle industrielle.


Si ces matériaux premiers offrent de si bonnes performances écologiques, c'est qu'ils ne sont pas transformés. Quand ils le sont, leurs performances baissent. Broyer, cuire, transporter sur des centaines ou des milliers de km des matériaux coûtent énormément d'énergie et libère beaucoup de CO2.

Mettre en oeuvre de nouveau des matériaux premiers, sur place ou presque, avec des techniques éprouvées, efficaces, peu industrialisées et bien connues des professionnels est la meilleure voie pour nous désincarcérer de la culture marchande dominante du bâtiment.


Au tournant du millénaire occidental, nous nous trouvons donc confrontés à des choix cruciaux: le bâtiment, l’alimentation, le transport et la coexistence avec les autres humains de la planète nous amènent férocement à nous pencher sur nos comportements récents. Pouvons-nous continuer à scier la branche sur laquelle nous sommes assis et en dessous de laquelle une grande partie de l’humanité tente de survivre ?

                                      

                                                                           Alain Marcom

www.terrecooperative.org

www.areso.asso.fr

www.reseau-ecobatir.asso.fr

 

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Published by ALTERS ECHOS, le journal - dans Eco construction
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