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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 08:59

Les régionales sont passées...

Premières analyses... Aujourd'hui, Jean Falco

 

 

Le fait marquant des régionales 2010 est la désespérance sociale : l’abstention record, plus de 53 % au premier tour et la recrudescence du vote FN en sont les symptômes majeurs. Records battus dans les catégories populaires et jeunes : 69 % chez les ouvriers, 72 % chez les 18-34 ans, 10 % d’inscrits qui votent dans certaines villes de banlieue (TNS Sofres)…Ce qui n’empêchait pas la droite, au soir du premier tour, de s’appuyer sur cette abstention massive pour nier son propre échec et ôter toute signification politique à ce scrutin, jusqu’au ridicule. Comme si on pouvait déconnecter l’arithmétique de la sociologie politique.

 

La gauche de (la) gauche, elle non plus, n’est pas épargnée par la défiance concernant capacité du politique à changer les choses (« transformer le monde » de Marx ou « changer la vie » de Rimbaud). Elle ne profite ni de l’accentuation de la crise multiforme du capitalisme ni de la crise de la Social-Démocratie Européenne. Plus encore, c’est le PS qui en profite : celui-ci est jugé plus utile pour s’opposer frontalement à la politique de Sarkozy. A son corps défendant, la gauche radicale se retrouve en quelque sorte victime de l’ordre néo-libéral mondialisé qui a généré une crise anthropologique au point d’affecter profondément les individus dans leur comportement, plus soucieux de leurs intérêts particuliers que du bien commun. Ils déplorent les effets de la mondialisation capitaliste mais ils ont intégré les valeurs de cet ordre (homo oeconomicus, concurrence entre individus rivaux). Cependant cette évolution de la société n’enlève rien à la responsabilité des partis composant cette gauche-là. Après les échecs répétés de la présidentielle de 2007 et des européennes 2009, on aurait pu espérer que ceux-ci auraient fait le choix de l’unité. Nous avions nourri quelques espoirs. Les négociations en Midi-Pyrénées auxquelles les Alternatifs ont participé pendant plusieurs mois ont échoué. D’un côté, un NPA arc-bouté sur le refus par principe de toute participation à l’exécutif régional pour lui et ses partenaires, même avec l’exigence de garanties politiques fixant les conditions de présence à l’exécutif… comme si c’était la question centrale du débat public. Il y a exactement un an le NPA était donné à 9 % et le Front de Gauche à 4 % : quel chemin parcouru ! De l’autre, un PCF plus enclin à vouloir rallier autour de lui, à commencer par le FDG, qu’à participer à la construction d’un rassemblement -ouvert à des citoyens impliqués dans les mouvements sociaux et non membres de partis- avec des partenaires traités sur un pied d’égalité. C’est cette attitude hégémonique du PCF et sa conception d’un rassemblement étriqué qui a provoqué le départ des Alternatifs des négociations fin janvier 2010. Nous avons décliné l’invitation d’être de simples figurants le temps d’une campagne électorale. La plupart de ses dirigeants, assumant mal le choix des militants en faveur d’une stratégie autonome vis à vis du PS, portaient leur priorité politique sur la conservation des 9 sièges des conseillers régionaux sortants. En dehors du Languedoc-Roussillon et du Limousin -où l’union du PCF au NPA, celle que nous souhaitions, s’est faite- globalement il s’agit d’un échec prévisible qui paradoxalement favorise l’émergence d’une alliance PS-VertsEE-Modem, pourtant rejetée par la gauche radicale. L’échec du Modem, imputable à l’exercice solitaire de son chef, s’il écarte momentanément la recomposition au centre ne fait pas disparaître pour autant toute orientation centriste dans la perspective de 2012.

 

 Le succès d’Europe Ecologie (EE) aux européennes et sa confirmation aux régionales, même avec un score moindre, peut lui permettre en devenant le « pivot de la vie politique » d’incarner ce centrisme politique. En se forgeant une image bâtie sur le rassemblement des écologistes, EE s’est retrouvée en phase à la fois avec des milieux qui sont sensibles à la crise écologique et critiques envers la pratique politicienne des partis. En évitant toute référence à la nature du système (le terme « capitalisme » n’est jamais évoqué) et aux antagonismes gauche-droite, EE rallie les classes aisées et moyennes. Le pragmatisme si souvent évoqué par E.E comme principe de l’action politique trouve ses limites quand les questions posées relèvent des choix de société. D’accord pour décarboner l’économie, l’ambition d’EE se limite-t-elle à écologiser le marché, c'est-à-dire à faire du greenwashing pour perpétuer le système existant. Non, la gestion de la nature ne peut pas être marchande. Si la véritable ambition est d’écologiser la société, je serai plus enclin à suivre la recommandation d’Herve KEMPF (journaliste au Monde et auteur de « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme »).

Croit-on sérieusement que l’on règlera la crise climatique avec le marché (spéculatif) des droits à polluer ? De même que le vote d’EE en novembre 2009 (à l’exception de J.Bové)   n’est pas pour nous rassurer, cela revient à s’en remettre à l’énergie nucléaire pour « une économie à faible intensité de carbone ».

Comment faire croire qu’il est possible de développer des Services Publics Européens lorsqu’on adhère au traité de Lisbonne qui en est la négation même. Ce même traité n’interdit-il pas de facto toute solidarité envers les états –même membres de l’U.E, comme c’est le cas de la Grèce- en ne considérant pas la monnaie comme un bien public (article 101), les obligeant à emprunter auprès des marchés financiers à des taux plus élevés.

Et enfin, à ne jamais poser la question de la propriété des moyens de production, EE pense-t-elle démocratiser la société en laissant tout le pouvoir –au nom du droit de propriété privée- entre les mains des actionnaires. Du côté des promoteurs de l’ultralibéralisme la réponse a le mérite d’être claire et sans appel. Milton FRIEDMAN il y a quelques années dans le Monde tranchait : « la question cruciale n’est pas de savoir si l’on fera jouer le marché ou pas. Toutes les sociétés se servent du marché. La distinction cruciale est celle de la propriété privée ». On n’est pas dans la demi-mesure. On ne peut pas en dire autant de Pascal CANFIN, député européen d’EE, économiste et auteur du manifeste d’EE aux européennes « Contrat écologique pour l’Europe », qui se contente de rappeler « qu’une économie purement capitaliste n’existe pas et n’a jamais existé ». C’est vrai littéralement mais la logique économique dominante n’est-elle pas celle d’un capitalisme financier qui écrase les hommes et la nature ? Autre citation du même auteur : « Ainsi, nos économies sont des économies avec marché, et non uniquement « de » marché ». On n’est pas loin de Lionel JOSPIN : « Oui à une économie de marché, non à une société de marché ». On fait comme si, comme si le mode production capitaliste qui étend la sphère de la marchandise à la terre entière n’était pas en passe d’y soumettre toutes les activités humaines. 

 

D’accord aussi, pour des « solutions écologiques, sociales et démocratiques » comme l’annonce EE, mais celles-ci seront d’autant plus crédibles et vraisemblables qu’elles s’inscriront dans la perspective d’un écosocialisme autogestionnaire.

 

                                                                                             Jean Falco

 

(1) Appel de personnalités de gauche se réclamant de la gauche de transformation sociale et écologique paru dans Politis n° 1097 avec un titre différent.

 

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Published by ALTERS ECHOS, le journal - dans Elections régionales
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