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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 16:35


Retour sur l'histoire des régionales en Midi-Pyrénées. Par Jean-Paul Damaggio.


Bientôt, quelques points de vue sur l'élection à venir.

 

En 1981, à l’heure d’une gauche enthousiaste, elle décida, oh miracle !, qu’en 1986 il y aurait deux élections à la proportionnelle sur listes départementales : les législatives et les régionales. Pour les régionales le miracle était double puisqu’en plus de la proportionnelle, tout le corps électoral allait être concerné. D’un Conseil régional choisi par les Conseillers généraux, en trente ans on va passer à un Conseil général soumis au Conseiller régional. Et cette histoire vaut d’être résumée car elle nous rappelle que politiquement, comment la France a changé (1). Et Midi-Pyrénées a été un fameux laboratoire.

Avant 1986, la Région était gérée par Alex Raymond socialiste inévitable dans une région où presque tous les Conseils généraux étaient tendrement à gauche. Après les premières régionales au suffrage universel direct avec proportionnelle, la Région sera dirigée tendrement au centre, par celui qui d’abord s’imposa à Toulouse, Dominique Baudis, et qui imprima sa marque ensuite à tout l’environnement, démontrant l’écart gigantesque entre la représentation du peuple ancienne version (notables incrustés d’hier) et celle nouvelle version (notables médiatiques de demain). Ajoutons simplement que 1986 constituera la première apparition d’élus FN dans notre région (après les élus FN à l’Europe).

En 1992, le temps avait passé, et la Mitterrandie finissante, ayant réussi à liquider le poids électoral du PCF, a décidé d’inventer deux remplaçants en installant au gouvernement Brice Lalonde (qui fabriqua l’éphémère Génération écologie alors que la question écolo était durable) et Bernard Tapie (qui voulait prendre Marseille). Ceci ne changea pas la donne fondamentale : la gauche a été battue, annonçant ainsi la bérézina de 1993. Génération écologie n’a pas empêché la très forte poussée verte : même le Tarn-et-Garonne découvrit son Conseiller régional vert… mais avec, autre surprise plus phénoménale, un Conseiller régional « chasseur ». Pour la direction de la région, Marc Censi sut parfaitement continuer la tradition Baudis.

Le coup de tonnerre de 1998 va rendre l’élection régionale cruciale dans le système politique français alors que l’élection européenne en sera la farce permanente (en 1994 l’écrasante victoire de Tapie aux européennes en est le plus bel exemple). Si 1992 annonçait une cohabitation entre un président de gauche et un gouvernement de droite, en 1998 nous sommes dans la figure inverse, mais la gauche de Jospin n’est plus l’enthousiaste de 1981, mais la gestionnaire qui éliminera le vote à la proportionnelle pour les régionales. Avec ce mode d’élection, le FN est devenu dans plusieurs régions maître de l’élection du président. En Midi-Pyrénées Marc Censi est élu avec les voix du FN mais, contrairement à d’autres, dans son cas, il refuse en démissionnant aussitôt pour tenter de créer une nouvelle majorité stable autour de lui, et sans le FN. Il échoue et après de longues tractations dont je vous passe les détails, c’est Martin Malvy qui ramène notre région dans le giron du PS. Les Verts de 1992 qui étaient ni de droite ni de gauche ont été remplacés en 1998 par des Verts membres du gouvernement de gauche et purent vérifier que même après l’élimination de G.E., ils perdaient en influence. La Gauche plurielle avait réussi à imposer dans bien des endroits l’union au premier tour avec le PCF et les Verts, nouvelle politique d’alliance qui conduira encore plus à la marginalisation du PCF et en partie à celle des Verts. D’où l’apparition de deux élus LCR ! Mais bref, pour les autorités, il était temps de changer le mode de scrutin afin d’éliminer les « petits », et de garantir des majorités solides.

En conséquence, 2004 expérimente un mode de scrutin nouveau (modifié par le PS puis après 2002 par la droite) copié globalement sur celui des municipales inventé par la gauche de 1981, et qui depuis n’avait jamais été contesté par personne, avec pour base une circonscription régionale et un deuxième tour. Ce mode de scrutin joua le rôle prévu par le PS : la victoire la plus phénoménale du PS majoritaire dans toutes les régions sauf une, alors qu’en 2002, à la présidentielle, il n’avait pas pu passer la barre du premier tour ! En Midi-Pyrénées, terre d’expérience depuis les municipales de Toulouse avec l’apparition des Motivé-e-s, la liste de l’Alternative en Midi-Pyrénées bouscule les arrangements classiques d’appareils politiques qui, pour ceux de gauche, lui feront payer son audace en refusant tout accord au second tour. Les Verts se trouveront ainsi totalement éliminés du Conseil régional. Martin Malvy, ancien journaliste à La Dépêche (son parcours politique national est beaucoup plus imposant que cette fonction), continue par conséquent d’occuper sa fonction de président.

C’est ainsi que paisiblement nous arrivons au dernier tournant de cette histoire plus rocambolesque que mes modestes dires. En 2010 les Conseillers régionaux seront seulement élus pour quatre ans et non six, car en 2014 l’élection va en principe s’adapter à la réforme sarkozyste des collectivités territoriales. J’ai négligé d’indiquer que depuis 1998 les élections régionales sont couplées avec les élections cantonales, pour la moitié des cantons concernés. En 2014 c’est l’ensemble des « élections cantonales » qui vont passer à l’ombre des élections régionales. Ce qui va éliminer totalement les notables incrustés d’hier et réussir enfin à rendre le Sénat plus adapté aux notables politiques d’aujourd’hui champions en coup d’état médiatiques. Je ne vais pas pleurer la mort des élections cantonales mais je ne vais pas chanter la mutation qui en découle ! La vie du Conseil régional depuis 1986 n’a jamais été une avancée démocratique et les futures listes qui vont regrouper l’élection au conseil général et l’élection au conseil régional, vont contribuer à éliminer toutes les anomalies politiques locales qui sortent des cadres nationaux établis par l’UMPS. Un appauvrissement de la vie politique va s’en suivre qui va augmenter le désintérêt de populations placées de plus en plus entre les mains de médias armés de conseillers en communication. Le chiffre de participation est passé en Midi-Pyrénées de 79% en 1986 à 62% en 2004 (si on prend les villes, la baisse est plus forte encore).

Le marketing politique va, plus encore, faire de nous des consommateurs électoraux ou pas. L’heure n’est plus à la tendre complicité avec un système qui appelle la seule réaction saine : la rébellion.

                                                             7-11-2009 Jean-Paul Damaggio

 

(1) Le 15 décembre je publie un livre d’information sur la question (et non pas un livre d’opinion) qui sera débattu à Montauban autour de cette date.

 

P.S. : Cet article est ma dernière contribution à ce journal que, depuis le début, Philippe Samson porte à bout de bras avec talent.

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Published by ALTERS ECHOS, le journal - dans Elections régionales
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