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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 17:42
A chaque numéro, Alters Echos, dans sa rubrique "Contresens",  tente de décrypter se qui se cache derrière les mots de tous les jours, derrière les mots utilisés et choisis par le système. Des mots qu'il galvaude, ou qu'il détourne. La bataille des mots est essentielle.
Dans le dernier numéro Régis Chamagne nous proposait "ressources humaines"...

Nous reviendrons régulièrement sur cette rubrique.

« Ressources humaines »



S'il fallait justifier l'intérêt de cette rubrique, le cas présent serait emblématique. Ils ont pollué mon Robert, comme ça, vite fait, en deux temps et trois mouvements. C'est la guerre éclair, la blitzkrieg sémantique. Bientôt il va nous falloir des dictionnaires bio, sans OGM ni pesticide.


Dans la version 2007 du Petit Robert, au mot « ressource », on trouve : « ressources humaines ou encore PERSONNE-RESSOURCE : spécialiste d'un domaine que l'on consulte (consultant, expert) ». Je cours chercher la version 1983 du même dictionnaire, et là évidemment, pas une référence au fait que l'homme puisse être une ressource.

Le dictionnaire étymologique de la langue française (Le Livre de Poche - édition 2002), quant à lui, nous apprend que le sens du mot a évolué au fil des siècles et qu'à partir du XIXe siècle il prend le sens de « moyens matériels dont dispose une collectivité » (ressources pétrolières, ressources humaines) sic. Décidemment le mal est profond ! L'homme serait un moyen matériel au service d'une collectivité ; mais qu'est-ce qu'une collectivité dans ce cas ? Un ensemble de moyens matériels ? Au service de qui ? Au service de quoi ?


Bon sang mais c'est bien sûr ! Dans la guerre des mots, celui-là était le plus important, le centre de gravité du système. Il fallait conquérir cette citadelle en premier. Banaliser et imposer cet oxymore était la mère des batailles. Le reste suivrait facilement. Une fois le monde du travail déshumanisé, il deviendrait aisé de mettre sur le même plan conceptuel l'Homme et la machine, l'Homme et l'argent, le travail et le capital. Et la question de savoir si l'économie est au service de l'Homme ou l'inverse s'en trouverait balayée, obsolète.


Il faut bien admettre qu'ils ont gagné cette bataille, et de quelle façon ! Dans l'entreprise de nos parents, il y avait un bureau du personnel. Une première manœuvre de diversion a consisté à connoter le groupe nominal « bureau du personnel », à le rendre vieillot, ringard, entaché d'un paternalisme lié au capitalisme industriel - il est vrai que l'on parlait volontiers de « petit personnel ». L'expression « ressources humaines », d'allure plus moderne, plus rock'n roll, a été alors naturellement imposée. Ce faisant, l'être humain, contenu dans « personnel » et « humaines », est passé du statut de substantif à celui d'adjectif, le pilier du nouveau groupe nominal étant « ressources », c'est-à-dire moyens matériels au service d'une collectivité.


De fait, si l'on se place par rapport à un objectif à atteindre, les ressources sont ce qui alimente le système en vue d'atteindre l'objectif. Dans le monde de l'entreprise, si l'objectif est économique ou financier, le travailleur moderne, considéré comme ressource, est tout bonnement ramené au statut d'esclave dont il va falloir rogner systématiquement les droits pour permettre d'accroître la richesse de quelques-uns.


Finalement, cette expression contient tout entière la philosophie néolibérale, où l'Homme-esclave est au service de l'enrichissement des maîtres.


Remettons l'Homme au centre de notre système, abolissons cet affreux sigle DRH qui sonne comme un coup de hache. Préférons-lui BPS, pour Bureau du Personnel et de la Solidarité, en hommage à Antoine de Saint-Exupéry qui écrivait : « La grandeur d'un métier est peut-être, avant tout, d'unir les hommes. »


Régis Chamagne

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Published by ALTERS ECHOS, le journal
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