Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 17:55

Voici quelques mots sur un nouveau colloque concernant la télévision, animé par Bernard Stiegler et qui s'est tenu à Paris le 6 décembre et qui était organisé par Arsindustrialis et le CIEM (collectif interassociatif enfance et médias).


 

                                                              Bernard Stiegler


D'abord qu'est-ce que la télévision pour les responsables du colloque ? Ni la télé, ni le marketing, ni la pub ne sont en soi le diable par contre leur utilisation est devenue diabolique au point de susciter de graves problèmes de santé publique.

La pub pourrait informer (il lui est arrivé de le faire) mais quand il s'agit d'une seule course à l'argent elle s'adresse aux pulsions et nous rend donc malade. Maladie aggravée par le marketing qui a ses mérites sauf quand il devient comme c'est le cas, un outil de domination sur la télé. En conséquence, dans quelques années, les problèmes sociaux suscités par la télé risquent d'être de la même ampleur que l'affaire du sang contaminé.


La nocivité de la télé est déjà démontrée pour les enfants et quand se crée une télé en direction des bébés, c'est du délire. Mais cette nocivité touche aussi les adultes. Il s'agit globalement d'atteintes portées à la formation de la personne humaine. Oui, la télé informe, divertit, mais par sa puissance (elle entre dans chaque foyer), elle formate les esprits. Pour les enfants, il est aujourd'hui facile de démontrer qu'elle réduit l'attention par exemple. Mais je ne vais pas entrer ici dans tous les éléments concernant cette question.


Il en est une autre qui s'appelle le développement du numérique et qui fait que le débat actuel sur LES télévisions est plus historique que tous les autres. Il change même la nature de la pub par exemple. Celle qu'il est question de supprimer sur la télé publique est déjà un pub du passé jugée beaucoup moins efficace que celle ciblée qu'organise par exemple google ou celle qui se cache dans les fictions. Un intervenant espagnol au colloque Jesus Bermejo Berros a montré comment la présence répétitive d'une marque de jambon dans une série influait sur l'appréciation que le téléspectateur en avait et conduisait à sa consommation.


Bien sûr, ce colloque se tenant en même temps que le débat surréaliste au Parlement concernant la pub à la télé publique, il fallait prendre une position sur la question, position que les forces politiques, syndicales et autres évite le plus souvent de prendre clairement. Tout le monde sait que par sa réforme, Sarkozy souhaite affaiblir la télé publique mais là comme pour la Poste, l'Education nationale et autres services publics, défendre la télé publique n'est pas très clair car la télé publique n'est déjà plus publique. Comparez par exemple le traitement des élections prud'homales de TF1 et d'A2 et si vous trouvez une différence, faites moi signe.


Le Colloque a proposé un moratoire sur ce débat pour reporter les décisions à plus tard. Il est vrai, Sarkozy a décidé d'aller vite mais ça fait déjà presque un an que les forces démocratiques tardent à réfléchir à une riposte d'ampleur nationale, argumentée et novatrice. Et s'il met la pression de l'urgence c'est pour mieux empêcher une démarche démocratique que la tonne d'amendements au Parlement représente si peu. Par exemple, Bernard Stiegler reste favorable à la pub à la télé publique proposant plutôt une réflexion d'ensemble sur les télés. Comment articuler ce point de vue avec celui d'autres forces démocrates pour qui ce recul de la pub est déjà un premier pas en avant ?

Je viens de survoler une journée de colloque avec le sentiment que nous sommes au cœur des enjeux sociaux de notre époque, un cœur où depuis longtemps je place la revendication d'une télé laïque. Je n'ai pu expliquer comment m'est venue cette idée aussi je le fais ici : en voyage au Pérou avec des amis, nous sommes passés dans des zones non-asphaltées où les maisons avait l'antenne de télé alors que manifestement il n'y avait pas d'électricité. L'ami m'expliqua alors : « Tu n'as pas vu au village l'annonce de ventes de batteries ? La télé fonctionne avec ces batteries et elle apporte ainsi un peu de « lumière » dans la maison ». La télé c'est une drogue même là où il n'y a rien à consommer !

                                                                8-12-2008 Jean-Paul Damaggio !

Partager cet article

Repost 0
Published by ALTERS ECHOS, le journal
commenter cet article

commentaires