Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 09:19

Le capitalisme financier qui vient de donner ces derniers temps toute sa mesure, obéit à une logique de rentabilité à court terme. Tout cela est désormais bien connu. Les bilans des entreprises sont devenus, depuis longtemps, semestriels, et nous sommes en train de payer l'addition de ces fonds d'investissements qui papillonnent et courent la planète à la recherche de leurs fameux 15% de retour sur investissement.

Quel rapport avec nos mineurs délinquants ?

Et bien, c'est que face au couple prévention-répression qui forme l'ossature de toute politique pénale, c'est le capitalisme financier qui a placé le curseur et, fort logiquement, il l'a placé, progressivement, mais avec une belle constance, du coté de la répression.

Certes, à long terme, la prévention est plus économique. Un adolescent pris en charge dans un « lieux de vie » (structure préventive pour gamins en difficultés), à 230 euros la journée, coûtera moins cher que lorsqu'il faudra, plus tard, l'enfermer dans un E.P.M. à 700 euros la journée !

On m'objectera alors que mon raisonnement ne tient pas et que je me contredis, puisqu'une place en « lieu de vie » est moins chère qu'en E.P.M. Nos professionnels de la calculette ministérielle ne sauraient ignorer cela et mon argument s'effondre !

C'est oublier qu'à court terme, il est plus intéressant d'économiser tout de suite, là, maintenant, l'argent dépensé dans les « centres ouverts » qui ferment les uns après les autres. Chaque poste d'éducateur supprimé, c'est du cash immédiat ! Et l'on retrouve la logique « courtermiste » dont je parlais au début...

D'autant plus, qu'à la myopie politique qui empêche nos décideurs de voir loin, s'ajoute un autre problème : la dissolution des niveaux de responsabilités et donc des organismes payeurs.

Economiser le coût d'une prise en charge préventive, c'est simple et facilement chiffrable (la suppression des postes R.A.S.E.D. dans l'Education Nationale participe de cette diminution des moyens préventifs qui fabrique l'échec scolaire, lequel est, comme on le sait, la première marche de l'exclusion sociale qui, à son tour, est l'anti-chambre de la délinquance). Ainsi, l'organisme payeur, P.J.J. (et donc le ministère de la justice) ou A.S.E. (et donc les conseils généraux), peut donc réaliser une limpide soustraction.

Bien ! Mais combien coûtera à long terme ce gamin qu'une trop chiche politique de  prévention n'aura pas réussi à sortir du mauvais chemin qu'il commençait à prendre ?

Combien la collectivité  devra-t-elle débourser, au final, pour payer le coût d'une vie de délinquant endurci ?

Je parlais plus haut du coût d'une place en E.P.M., mais pendant combien de temps ? Et puis, lorsque le mineur n'en sera plus un, combien coûteront ses années (1, 5, 10ans ?) d'incarcération dans une maison d'arrêt ?

A combien évalue-t-on le bris des divers mobiliers urbains qui lui tomberont sous la main ? Qu'est-ce que casse en moyenne un délinquant, par jour, par mois, par an ? Que coûtera-t-il en terme de minima sociaux (R.M.I. ou R.S.A.) qu'il touchera et pendant combien de temps ?

Je sais bien que tout ceci commence à sonner un peu cynique, mais il ne s'agit pas de convaincre des humanistes. Ceux-là savent qu'un enfant n'est pas délinquant par nature ou par héritage génétique (auquel cas, la prévention ne sert de rien, puisqu'on ne change pas une nature. Il ne reste alors que la répression).

Je ne parle donc pas pour ceux qui savent que l'on n'éduque pas sans semer profond et que l'on ne moissonne pas le lendemain !

Je m'adresse à ceux qui, oubliant nos valeurs humanistes,  nous font le coup du fameux sens des réalités (économiques). Je reste sur leur terrain, ayant renoncé à les entraîner sur le mien et je leur tiens un discours de comptable.

Je continue, donc, car si l'on veut être précis, il faudrait aussi calculer le manque à gagner pour la société qui ne s'enrichira pas du travail de ces délinquants errant dans les limbes de notre belle République. Il ne s'agirait donc pas seulement de calculer ce qu'ils coûteront, mais aussi ce qu'ils ne rapporteront pas !!!

Quel puissant contrôleur de gestion sera capable de calculer tous ces coûts de la délinquance que nous pourrions alors mettre en rapport avec celui de la prévention ?

Le capitalisme financier, qui structure depuis des années l'esprit de nos décideurs  et leur suggère leurs instruments politiques (la politique pénale des mineurs n'étant qu'un exemple), est donc à l'œuvre derrière cette stratégie qui consiste à économiser, ici et maintenant, ce qui nous coûtera beaucoup plus cher demain (mais sera payé, comme je l'ai dit, beaucoup plus tard et par une multitude d'organismes publics).

Ce n'est pas le fait du hasard  si les secteurs ayant le plus besoin d'un investissement sur la durée sont, aujourd'hui, les plus en colère contre cette politique au service d'un capitalisme financier « courtermiste », à savoir: l'éducation et la recherche !

Finalement tout cela est cohérent. Mais enfin, ce sera une piètre consolation pour ceux qui ont déjà un pied dans la délinquance et que nous sommes quelques-uns à prendre en charge en bataillant contre ces financiers qui attendront qu'ils aient les deux pieds dedans pour dénoncer une évolution des mœurs justifiant, à leurs yeux une réforme de l'ordonnance de 1945 (qui garantit au mineur qu'il sera d'abord l'objet de mesures éducatives avant que d'envisager l'enfermement)...


                   Michel Sparagano (professeur de philosophie-skipper-« éducateur » en mer)  


Partager cet article

Repost 0
Published by ALTERS ECHOS, le journal
commenter cet article

commentaires