Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 09:56

La fébrilité actuelle au sujet des prochaines européennes n'incite à ce rapide rappel historique.


En 1979 le PCF est aux anges : enfin une élection à la proportionnelle sur liste nationale (tous les pourcentages donnés sont par rapport aux exprimés). Et le résultat sera à la hauteur de ses espérances. Georges Marchais passe le 20% (avec une liste ouverte à Maffre-Baugé) alors que Mitterrand arrive seulement à 23% avec l'aide des radicaux. La direction du PCF en déduit que Marchais sera en tête de la gauche en 1981 ! Erreur d'analyse catastrophique (une parmi d'autres) qui nous conduit en 1984 où une liste vient briser le monde des quatre (les deux autres en 79 étaient Simone Veil pour Giscard et Chirac qui fut K.O. (chaos).

Jean-Marie Le Pen crée la surprise en 1984 : avec 10% il lui manque seulement 50 000 voix pour passer devant le PCF. Certains en déduiront que l'électorat PCF (tombé à 11%) est passé au FN.

Les surprises ne vont pas cesser si bien qu'en 1989 c'est au tour des Verts d'atteindre la barre des 10%, Waechter ayant été favorisé par l'élection présidentielle de 1988 et pensant qu'enfin sa stratégie du ni-ni va s'imposer dans l'écologie (5 ans après Isler-Beguin le remplacera dans un cadre différent).

Il fallait compter avec l'esprit manœuvrier du président Mitterrand qui, conscient que le PCF est devenu un allié secondaire, a besoin de s'en inventer d'autres. Il fera entrer au gouvernement Brice Lalonde et un certain Bernard Tapie. Brice Lalonde s'était déjà distingué aux Européennes de 84 en s'alliant avec le centriste Olivier Stirn contre l'écologiste Didier Anger (chacun faisant 3%). Avec l'aide du PS il crée à l'aube des années 90 Génération Ecologie pour contrer les Verts et Bernard Tapie est désigné pour limiter l'effet FN.

Voilà comment en 1994 nous aurons l'élection européenne la plus bouffonne de l'histoire de France. La « bande des quatre » est à présent représenté par Baudis (25%), Rocard (14%), De Villiers et Tapie 13% chacun. Le Pen est après avec 11% et le PCF avec 6% obtient encore 7 élus.

Cette fois c'est Mitterrand qui est aux anges. Rocard et Chirac sont discrédités pour sa succession et Tapie est là pour une grande carrière avec les radicaux. Qui peut alors imaginer que 1999 sera une élections aux surprises encore surprenantes!

Cette année là Sarkozy arrive seulement en troisième place et fait moins que Rocard en 1994. Tout le monde pense que son destin politique c'est du passé. Avant lui, nous trouvons un PS revenu en première ligne avec 22% sous la conduite de François Hollande, et en deuxième place un tandem comme les Européennes les aiment bien : Pasqua-De Villiers. Un tandem qui sera comme l'avenir politique de Tapie : sans suite. Le coup électoral est génial mais il n'en restera que De Villiers. Enfin Daniel Cohn-Bendit termine la bande des quatre avec les Verts (mais Bayrou obtient lui aussi 9%). L'élection comporte cependant une autre surprise dans le bas du tableau : Alain Krivine et Arlette Laguiller passent enfin la barre des 5% et deviennent députés ! (Krivine prendra alors un jeune attaché parlementaire du nom de Besancenot). Pour la première fois ils sont neuf groupes à se partager les postes de 87 élus. Le Pen frôle la disqualification avec 5,6% des voix (en dessous de 5% pas d'élus) car un de ses lieutenants a cru qu'il était temps de lancer le MNR. Bruno Mégret comme d'autres avant lui a fait un très mauvais calcul (3%). Qui d'autre avant lui a fait un mauvais calcul ? Pensons à J-P Chevènement qui a quitté le PS assez tôt pour préparer l'élection européenne de 1994 dont les résultats devaient le propulser aux premières places à la présidentielle de 1995. Il créa une liste ouverte avec Anicet Le Pors et d'autres, pour un résultat décevant : 2%. Les dettes seront colossales et Chevènement mettra des années avant de relever la tête sur la base d'une stratégie nouvelle que nous dirons gaullienne. Un communiste de premier plan avait tenté une même opération en 1984 en s'alliant avec le PSU de Depaquit. Il s'agit d'Henri Fizbin qui comme Fiterman finira sa vie politique au PS. Ne disons rien de l'autre communiste qui crut son heure arrivée en 1989 et qui n'ayant pas passé le 1% se retrouva ensuite à servir Dominique Baudis.

Bien d'autres observations peuvent être issues de l'étude des élections européennes mais à partir de 2004 le cadre change et le paysage politique avec vu que le cadre joue toujours un rôle central quant au paysage qu'il révèle. L'émiettement de 1999 ne pouvait plus durer pour les propriétaires de la politique (toujours une bande de quatre) aussi ils changèrent légèrement le mode de scrutin : on en est resté avec la proportionnelle intégrale suite au premier tour mais sur sept circonscriptions au lieu d'une ! Obtenir des élus devient plus difficile si bien que la bande des autres s'appellera alors PS, UMP, UDF et FN qui est encore là. Le PS n'a jamais eu un score aussi haut. Avec presque 29% il devance l'UMP de plus de 12 % ! L'échec de 2002 est magistralement effacé. Autre effacement total qu'il ne faut pas oublier : le succès de l'extrême-gauche en 2002. Pour les Européennes l'accord LCR-LO produit seulement 2,5% des voix quand Besancenot seul faisait 4% deux ans avant ! De Villiers et le PCF avec trois élus chacun survivent tandis que les Verts avec 6 élus résistent bien au nouveau mode de scrutin.


Alors en 2008,qui sera dans la bande des quatre ? Cohn-Bendit-Bové et le pôle écologiste ? Bayrou -JF Kahn et le pôle centriste ? Mélenchon-Buffet et le pôle de gauche ? Jennar-Besancenot et le pôle NPA ? Tous pensent que la situation n'est comparable à aucune autre, tous pensent que l'Europe est comprise pour ce qu'elle est, tous espèrent que leur tour est venu pour balayer la droite et le PS car tous veulent croire qu'il suffit d'un trompe l'œil pour devenir artiste. Quand j'entends Mélenchon annoncer qu'il va devancer le PS alors que son parti n'existe pas encore, je repense à ceux qui disaient que Bové serait en tête de la gauche en 2007 ! Plus la politique s'effondre et plus le moment électoral devient un enjeu en soi. Pour l'électoralisme avance et plus le peuple est absent. J'ai en effet oublié de donner le taux de votants depuis trente ans. Successivement nous avons eu : 60,7%, 56,7%, 48,8%, 52,7% (petite remontée en 94), 46,7% et enfin 42,7%. Allons nous passer sous le 40% de votants en 2008 ?

                                                                           

                                                                                     19 novembre       Jean-Paul Damaggio

Partager cet article

Repost 0
Published by ALTERS ECHOS, le journal - dans Elections européennes
commenter cet article

commentaires