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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 08:37

Le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, Brise Hortefeux (prononcer le « H » aspiré) organise, dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, une conférence internationale consacrée au droit d'asile, les 3 et 4 novembre prochain.

Il a choisi la ville de Vichy pour accueillir cette manifestation.



Connaissant la propension de nos actuels dirigeants à utiliser des symboles à trois francs six sous dans n'importe quelle circonstance, on peut s'interroger sur le choix de la ville de Vichy pour discuter des moyens légaux d'organiser la chasse aux étrangers à l'échelle de l'Europe. A l'évidence, il ne s'agit pas d'un malencontreux hasard ni d'une faute de goût. Il y a bien un choix délibéré et assumé. Dès lors, plusieurs hypothèses peuvent expliquer en partie ce choix. Risquons-nous à l'analyse.

La première hypothèse qui vient à l'esprit est celle d'une provocation supplémentaire de la part d'une droite décomplexée et méprisante qui assume ouvertement son héritage pétainiste en matière de droits de l'Homme : racisme ; brutalité envers les populations ciblées ; déshumanisation des procédures ; attaques contre les solidarités ; stigmatisation des résistants.

-  Le racisme fut assumé par le chef de l'état dans ses discours à Dakar et Tunis. Il a montré la voie, il n'y a plus qu'à suivre.

-  La brutalité envers les populations ciblées se manifeste par la façon dont sont menées les arrestations (rafles hier) ainsi que par la créations d'espaces clos et de non droit : camps de transit et de concentration d'hier ; centres de rétention d'aujourd'hui. Par parenthèses, les populations ciblées n'ont commis aucun délit, pas plus les juifs ou les homosexuels hier que les sans papier aujourd'hui. Elles n'ont commis que le « délit » d'être ce qu'elles sont.

-   La déshumanisation des procédures est nécessaire pour mettre en œuvre toute politique inhumaine. Elle consiste à réduire tout ce qui est humain à des chiffres. Hier, il fallait mille juifs pour remplir un train, aujourd'hui chaque préfet doit remplir un objectif chiffré. Cela permet en outre aux fonctionnaires chargés de la basse besogne de pouvoir choisir de ne pas se poser de question sans trop en souffrir : « je remplis une mission chiffrée, je vise un objectif quantifié, je ne mène pas des familles à la mort ou à la désespérance, je ne détruis pas la vie de jeunes enfants.»

-   Les attaques contre les solidarités sont à l'œuvre dans tous les secteurs de l'activité nationale : santé ; éducation ; travail ; retraites ; etc. Est-ce un hasard si l'on s'attaque à ce qui avait été mis en place par le Conseil National de la Résistance à la suite et pour tirer les enseignements des sombres années pétainistes ?

-   La stigmatisation des résistants est une constante des régimes autoritaires ou totalitaires. Hier, sur Radio Paris, les résistants étaient nommés terroristes. Aujourd'hui, monsieur Hortefeux (avec un « H » aspiré s'il vous plait) assimile les militants du Réseau Education Sans frontière à des terroristes. Quelle insulte. Encore, hier, les résistants posaient ils des bombes, mais aujourd'hui, les militants de RESF n'ont pour toute arme que leur humanisme, leur conscience et une certaine idée du droit.

La deuxième hypothèse (non exclusive de la première) qui peut venir à l'esprit, est celle d'une occasion pour faire un test. Non seulement on assume son héritage pétainiste jusqu'au bout, mais en plus on teste la capacité d'autocensure des médias et de la population. Il est vrai que pour assurer cette position dominante, l'arme juridique et financière est fondamentale. Quiconque oserait faire ouvertement le moindre rapprochement entre les idées et les méthodes de nos gouvernants actuels et celles du gouvernement de Vichy s'exposerait à des attaques en justice suivies de lourdes peines financières. Ainsi, il est bon de temps en temps de vérifier la docilité des médias et le niveau de peur des citoyens.

Lisez, ou relisez « Matin brun », ce petit opus qui décrit la lente descente vers l'inacceptable, jusqu'au point de non-retour.

Plaignons les vichyssoises et les vichyssois qui traînent - malgré eux - un passé suffisamment lourd sans qu'il ne soit la peine d'en rajouter. Mais d'un autre côté, en concentrant l'infamie de la nation sur un lieu symbolique, on facilite l'exercice du devoir de mémoire de demain, et il faudra bien qu'un futur président de la République s'y colle.

                                                                                                  Régis Chamagne

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Published by ALTERS ECHOS, le journal
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