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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 20:50

Ce texte date de septembre 2007, juste après les présidentielles et avant le début de la bataille municipale. A un moment où les appels se succédaient...Un an après il conserve toute son actualité.

Après les mythes sur le « programme » va-t-on enfin s'affronter aux mythes sur « l'outil » politique ? Depuis longtemps j'appelle de mes vœux à la création d'une nouvelle force politique je devrais donc me réjouir de appels actuels qui se succèdent or ils parlent surtout des nuages.


Le mythe « avant-garde »

La France s'est distinguée en 1920 : la majorité du PS a rejoint la Troisième internationale et son principe du parti d'avant-garde (ce ne fut pas le cas en Italie par exemple). Très vite cependant, il fallut une bolchevisation pour le faire entrer dans les mœurs soviétiques. L'avant-garde éclairée ne cessera de revenir à l'ordre du jour sous des formes diverses (la loi des experts en seraient un avatar). La visibilité de la LCR par rapport au PCF provient du principe maintenu de l'avant-garde. Pour le PCF, le centralisme démocratique fut l'âme de la fonction d'avant-garde, un centralisme démocratique où le centre décida de la démocratie. Son abandon aurait dû entraîner une réflexion sur son remplacement mais il n'en fut rien. Aujourd'hui le PCF est découplé, le centre pour la direction et la démocratie pour la base. L'exemple le plus parlant est celui du cas Maxime Gremetz. A la base un candidat PCF lui est opposé, puis au sommet sa victoire aux législatives lui permet de retrouver ses camarades communistes dans le groupe parlementaire. L'autre cas est celui du député Braouezec. En tant que citoyen il s'engage pour José Bové puis en tant que député il redevient un communiste à l'Assemblée. Le centralisme démocratique aurait facilement résolu le problème : les deux hommes auraient perdu toute étiquette communiste.

Pour rester dans l'actualité comment ne pas évoquer enfin le cas de Mouloud Aounit. Bombardé directeur de la campagne de Marie-George Buffet il espérait en retour une investiture PCF aux législatives. Malgré ses titres glorieux, la base refusa de l'investir et il se présenta en candidat sous son propre nom et obtint 3% seulement, malgré son titre de conseiller régional qui lui a été offert par la dite direction communiste.

Plus sérieusement, disons que le principe d'avant-garde échoua au fur et à mesure que la société cessait d'être militarisée pour devenir « économiste » (voir plus loin).

Le mythe « tendances »

Contre l'avant-garde, où le centre décide de qui peut être ou ne pas être adhérent, le principe du parti de masse (je dis plutôt parti-peuple) permet à la diversité de s'organiser en tendances. Il s'agit là de toute la tradition social-démocrate dans la vie politique ou syndicale. Je parle de mythe car comme pour l'avant-garde, le résultat n'a pas été concluant au vu des objectifs. Dans les deux cas la gauche a été conduite vers des impasses. La tendance devait permettre la victoire de la démocratie sur le centre et elle eut pour résultat de bloquer la démocratie au profit du centre. L'affrontement entre tendances supplanta le débat démocratique de fond si bien que pendant les querelles, le train de la réalité ne s'arrêtait plus à la gare de l'analyse. Alors il ne restait qu'une solution : se laisser porter par le courant. L'avant-garde, de par sa cohésion prétendait s'opposer au courant, le parti-peuple pouvait alors se noyer. En 1980 l'objectif du PCF était le million d'adhérents au moment où il préparait son effondrement ! Côté LCR les tendances se sont succédées au profit du même centre. Côté PS on a fini par se perdre dans des tendances toujours en recomposition pendant que Ségolène en appelait au vote des militants.

Le mythe « démocrate »

Après l'héritage de la Révolution française comme élément directeur de la gauche est venu l'heure de l'héritage de la Révolution nord-américaine. Pas surprenant qu'après la victoire économique de son modèle nous héritions de son système politique. Quel est-il ? A faire ici dans le schématisme imposé par la longueur du texte je dirai qu'il tient à un principe peu conforme aux traditions de la vieille Europe : le politique comme simple élément de l'économique. Le pouvoir économique utilise le pouvoir politique (bien sûr en Europe aussi) mais il peut aussi l'éliminer si nécessaire. Le cœur de l'édifice s'appelle la marchandisation du politique à travers la suprématie du marketing politique. Le parti démocrate devient le parti peuple par choix des consommateurs occasionnels du politique. Le parti républicain se définit contre ce parti démocrate. D'où le grand cirque des « primaires » qui n'est pas seulement un cirque. Les citoyens aspirent en effet à pouvoir décider de qui sera candidat à la candidature, et comment ne pas s'en réjouir ? Le taux de participation aux élections US n'est pas de nature à indiquer qu'il s'agit là d'une avancée démocratique pourtant c'est ce modèle qui commence à s'imposer chez nous. L'Italie sera le prototype de la manœuvre. D'un côté Berlusconi sort directement du monde économique et contre lui que faire : créer un parti démocrate. L'ancien PCI se changea en PDS, puis en DS et aujourd'hui garde seulement le D. La trajectoire est phénoménale. Parti de la démocratie socialiste ; puis la Démocratie socialiste (l'heure des partis est dépassée) puis enfin le parti démocrate qui va choisir son dirigeant par un vote citoyen large entre trois candidats issus des diverses mouvances. Walter Veltroni ancien communiste a toutes les chances même s'il aspirait à quitter la politique pour aller vivre en Afrique. Ségolène Royal applaudit des deux mains.

Dans ce système « démocrate » les médias ont tous les pouvoirs (ils supplantent les partis politiques) et François Bayrou peut dire à l'adresse des patrons des médias qu'ils ne sont pas les patrons de la France, ils le sont tout de même.

Mais ce mythe « démocrate » ne s'arrête pas là. Au risque de surprendre ou de décevoir « la démocratie participative » modèle Porto-Alegre, si en vogue à gauche, nous vient de la même philosophie : noyer le politique dans l'économique. Il est frappant de constater que l'expérience Porto-Alegre s'est achevée avec la gestion centrale du pouvoir par Lula membre du parti qui initia le budget participatif ! Que le lecteur se rassure (s'il en a besoin) je ne jette aucun mythe dans les poubelles de l'histoire. Je les présente seulement comme mythes pour mieux passer à la réalité d'une authentique force politique à gauche où la démocratie participative, le vote des militants ne seront pas l'effet de vastes manipulations du centre.

Le mythe « consensus »

Comme chacun sait, aux USA le face à face républicains-démocrates n'est qu'un jeu politique. Dernièrement sur la question de l'immigration Bush et Kennedy viennent de s'unir, sans succès, contre les conservateurs de leurs partis pour obtenir la légalisation de dix millions de sans papiers ! Donc le principe du consensus est toujours au tournant du débat. Par quel moyen ATTAC l'imposa dans le débat social en France ? L'échec du centralisme et des tendances laissait un vide que les forces de gauche ne voulurent jamais combler. Il était donc naturel, dans un système ou le capitalisme est le remède au capitalisme, que ce concept de consensus se répande largement. Il avait le mérite de retrouver la cohésion chère à l'avant-garde et d'éliminer la plaie des tendances ! Quoi de plus génial ! Donc dans une assemblée de cent personnes, cinq s'exprimaient dans le même sens, elles découvraient qu'elles faisaient consensus et « l'emmerdeur » qui n'était pas d'accord préférait se taire car il risquait de porter tort à l'efficacité du groupe. La bataille dans la gauche de gauche en 2007 aura été une caricature de cette dérive.

Sortir des mythes

Proposer la création d'une force politique nouvelle suppose simplement de travailler à des statuts à l'heure du capitalisme féodal. Non pas des statuts pour des statuts mais des statuts à l'image du projet politique. Le discours sur le programme est un mythe s'il n'y pas de discussion sur l'outil pour y arriver. Et l'inverse est aussi vrai. La démocratie participative n'est pas le pouvoir à la base pour laisser le centre continuer ses manipulations mais le pouvoir tout court en tant que pouvoir politique. A l'âge du capitalisme féodal la force politique devra être si nouvelle qu'elle aura pour fonction de SAUVER la politique. Il ne s'agit plus d'un outil pour conduire une politique mais d'une politique en tant que telle, la seule capable d'affronter la dictature économique. Que les militants choisissent les candidats me paraît de bonne démocratie dans le cadre d'une force politique organisée mais pas dans le cadre d'une société soumise aux médias. Et l'avant-garde n'est pas à exclure en tant qu'élément du débat de cette force.

Si rien n'est simple cela tient à une cause : ceux là même qui conduisirent la gauche au tombeau veulent continuer de diriger l'enterrement. Rares sont ceux qui accèdent au pouvoir pour l'abandonner eux-mêmes. La limitation des mandats (par exemple deux mandats de trois ans à la direction centrale et quatre à la direction locale) est une des dispositions pratiques qui imposeront des retours permanents à la réalité. Si c'est par des règlements que se règlent les questions de pouvoir, l'échange d'expériences peut se faire plus aisément que sous l'effet des révolutions de palais. Les anciens peuvent alors mieux aider les nouveaux.

Des règlements doivent aussi fixer les rapports entre les élus et les militants, entre les médias et les militants.

En bref, il n'y a qu'une dizaine d'articles de statuts à bien mettre au point pour que chaque membre se sentant libre, soit désireux de participer à ce nouveau type d'action collective.

15-09-2007 Jean-Paul Damaggio

 

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Published by ALTERS ECHOS, le journal
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