Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 18:16

Je suis moi.

Oui, mais qui, toi ?

Je pourrais bien, évidemment, donner mon code génétique, mais cela ne renseignerait pas sur qui je suis en tant qu'animal social, dans ma relation aux autres. Ainsi, selon les circonstances, j'ai le choix de poser en premier les attributs qui me caractérisent et qui sont le mieux à même d'ancrer une relation.

Je suis plombier, agriculteur, travailleur social, médecin ou ingénieur.

Je suis militant à la LDH, au DAL ou à RESF.

Je suis sarkosyste, socialiste ou altermondialiste.

Je suis amateur de Malher, fan de jazz ou de musique électro.

Je suis bricoleur, lecteur, peintre ou musicien.

Je suis consommateur compulsif, internaute monomaniaque, marcheur ou contemplatif.

Je suis noir - oui ça se voit !

Je suis juif - Ah, je ne l'aurais pas cru !

Je suis homosexuel - on ne dirait pas !

Je suis, je suis...

« Je suis amateur de Malher - Vos papiers s'il vous plait ! »

« Je suis médecin - Il nous faudrait un certificat d'acte de naissance ! »

« Madame la directrice, j'aimerais que mon enfant participe à ce stage de théâtre pendant les vacances de printemps - Envoyez-nous une photocopie de votre carte d'identité et un justificatif de domicile ! »

Dans notre rapport avec l'administration qui est notre lien avec la communauté nationale, nos papiers d'identité sont les premiers attributs qui nous caractérisent.

Sans papier, nous n'existons pas au regard de l'administration, nous n'existons pas auprès du groupe social dont nous partageons le quotidien.

Je suis noir, étudiant en biologie, amateur de reggae et sportif ; je ne suis rien car aucun papier n'atteste que je suis seulement un homme. Je ne suis rien !

Je suis aide ménagère, lectrice et amatrice de jazz ; je ne suis rien !

Je suis cuisinier, cinéphile et joueur de guitare à mes heures ; je ne suis rien !

Je suis mère de famille, j'aime mon mari et me dévoue corps et âme pour mes enfants nés en France ; je ne suis rien !

J'aime les arbres au printemps et le chant des oiseaux dans les branches ; je ne suis rien !

J'aime le soleil d'hiver qui brûle les yeux et irradie le visage ; je ne suis rien !

J'aime le vent fripon, sur le pont des Arts, qui fait virevolter les jupons et s'envoler les chapeaux ; je ne suis rien !

Aujourd'hui, en France, on cherche, on traque, on concentre des hommes, des femmes et des enfants qui n'ont commis d'autre crime que d'être ce qu'ils sont, des sans-papiers, des gens de rien. Mais au bout du compte, ces gens de rien font un nombre : l'indicateur de rendement des zélateurs du ministre de l'identité nationale, monsieur H.

Hélène Berr, arrêtée à Paris en février 1944, déportée à Auschwitz-Birkenau et morte à Bergen-Belsen, s'insurge un jour face à l'inspecteur de police venu arrêter 13 enfants à l'orphelinat, pour compléter le convoi du lendemain.

« Que voulez-vous Madame, dit celui-ci, je fais mon devoir »...

Elle note dans son journal : « Qu'on soit arrivé à concevoir le devoir comme une chose indépendante de la conscience, indépendante de la justice, de la bonté, de la charité, c'est là la preuve de l'inanité de notre prétendue civilisation ».

                                                                                                                         Régis Chamagne

Partager cet article

Repost 0
Published by ALTERS ECHOS, le journal
commenter cet article

commentaires